Église Saint-Nicolas-du-Chardonnet

Un article de ERUDITUS.

L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet est située à Paris, au 23 rue des Bernardins à l'angle de la rue Saint-Victor dans le 5ème arrondissement, dans le quartier Saint-Victor, à côté de la Maison de la Mutualité.

Reconquise le 27 février 1977 par des catholiques proches de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X[1], fraternité dont elle dépend officieusement depuis lors, cette église constitue le principal lieu de culte parisien du mouvement catholique traditionaliste.

Sommaire

[modifier] Architecture

Construite au XIIIème siècle, l'église présente un clocher reconstruit en 1625, alors que l'ensemble de l'église actuelle est rebâti entre 1656 et 1763, notamment par Jacques Lemercier. Elle comporte une tour carrée latérale. C'est une des rares églises du XVIIème siècle qui ne soit pas orientée vers l'est. Les grandes-orgues dont le buffet date de 1725 a eu pour facteur François-Henri Clicquot.
À la suite de la construction du boulevard Saint-Germain suite aux grands transformations sous le Second Empire, il fallut déplacer l'entrée, ce qui explique pourquoi la façade ne date que de 1934.

On peut voir près de l'entrée un des tableaux de jeunesses du peintre Charles Le Brun (1619-1690), l'un des fondateurs en 1648 de l'Académie française et premier peintre de Louis XIV. Il s'agit du Martyre de Saint Jean l'Évangéliste à la Porte Latine. Les tombeaux de Le Brun et de sa mère sont d'ailleurs situés dans l'église, réalisés par le sculpteur Jean Collignon[2].

On peut également y voir deux des premiers tableaux de Noël Nicolas Coypel : le Sacrifice de Melchisédech et La Manne, peints en 1713. On trouve aussi une grande peinture de Jean-Baptiste Corot, Le Baptême du Christ. Pierre-Marie Poisson, célèbre par ses sculptures décoratives sur les grands paquebots français, travaille sur le portail vers 1930.

[modifier] Histoire

[modifier] Le séminaire

En 1612, Adrien Bourdoise fonde le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Talleyrand reçoit les ordres mineurs dans cette église en 1774.

Félix Dupanloup eut la charge du séminaire, qui comptait alors deux cents élèves, jusqu'en 1845. Il le réforme complètement dans l'intention d’en faire un creuset où se mêleraient les jeunes garçons de familles riches et l’élite des élèves pauvres des séminaires de province. Il y fit ainsi venir, en 1848, Ernest Renan, issu du séminaire de Tréguier.

[modifier] Saint-Nicolas, Bastion des catholiques traditionalistes

[modifier] Les prémisses de l'occupation (1971-1976)

1971. Cela faisait déjà un an que le Novus Ordo Missae, promulgué le 3 avril 1969 par le pape Paul VI, et sa pastorale avaient commencé leurs ravages. Suite à Vatican II, l'abbé François Ducaud-Bourget, un prêtre de l'archidiocèse de Paris, a été nommé aumônier de l'hôpital Laënnec (7ème arrondissement) car il était considéré comme gênant par les autorités diocésaines. Il célébrait, dans la chapelle hospitalière, la « messe de toujours » que beaucoup allait appeler plus tard la « messe tridentine ». Hélas, même ce refuge ne fut pas laissé à lui et à ses fidèles car, cette même année, l'abbé Ducaud-Bourget fut expulsé de sa chapelle sur ordre de la CGT et suite à certaines autres pressions politico-idéologiques.
Ainsi, à Paris, les catholiques qui voulaient assister à la messe tridentine n'avait plus une seule église à leur disposition. La messe que leurs parents, leurs ancêtres et eux-mêmes avaient connue était interdite de séjour. Même si le nouvel ordo liturgique de 1969 avait été proclamé, l'ancien n'avait nullement cessé d'être. C'est ce qu'a d'ailleurs rappelé le pape Benoît XVI dans son motu proprio Summorum Pontificum[3] : « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. ».
Mais, il est vrai, ce n'était pas ce que prétendait une bonne partie des évêques de France et d'au-delà; ils avaient sciemment trompés leurs fidèles, mis à l'écart les catholiques qui souhaitaient le vieil ordo (ces derniers n'adhérant alors pas forcement à toutes les positions de la FSSPX) et se révélaient ainsi indignes du sacerdoce qu'ils avaient reçu. Il fallut attendre quelques années avant que la réponse ne s'organise.

[modifier] La Prise de Saint-Nicolas et les premières années (1977-1982)

En 1977, cela faisait déjà plusieurs années que les catholiques parisiens, qui étaient toujours fidèles à l'ancien ordo, louaient la salle Wagram le dimanche matin afin d'y organiser la messe tridentine. Or, le dimanche 27 février 1977, ces catholiques attachés à la Tradition bi-millénaire de l'Église, ceux qui allaient se faire appeler les catholiques traditionalistes, se donnèrent exceptionnellement rendez-vous à la Mutualité (rue Saint-Victor) au lieu de l’habituelle salle Wagram. Lorsque les traditionalistes se furent rassemblés devant la Mutualité comme cela était prévu, il y eut un changement de plan qui n'était pas du au hasard. En effet, Mgr Ducaud-Bourget et les abbés de Fommervault, Emmanuelli, Juan, Coache et Séralda guidèrent les fidèles jusqu'à la toute proche église voisine de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et les firent attendre.

L'abbé Pierre Bellego, curé du lieu, y était en train de mener la messe dominicale, dans le nouvel ordo. Le choix de cette église s'était fait, après neuf demandes auprès de Mgr François Marty, cardinal et archevêque de Paris, pour plusieurs raisons:
1) l’abbé Vincent Séralda connaissait les lieux puisqu'il y avait été vicaire,
2) les messes y rassemblait tout au plus une quarantaine de fidèles,
3) il était prévu qu'elle serait bientôt désaffectée,
4) le lieu de célébration habituel des fidèles traditionalistes n'était pas loin de celle-ci.

A la fin de sa messe, lorsque l'abbé Bellego s'aperçut que la sébile était revenue vide malgré l'église pleine, il fut derechef surpris quand une procession entra dans l’église, menée par les six abbés précédemment cités qui y célébrèrent alors la messe selon le rit tridentin. A la fin de la dernière bénédiction, l’abbé Louis Coache monta à la chaire oratoire et clama : « Maintenant que nous y sommes, nous y restons! ».

Depuis cette date, les traditionalistes sont les nouveaux fidèles de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.[4] Leurs fraternels adversaires n'en démordirent cependant pas. Primo, les premières semaines, il y eut deux tentatives de reprise par la force de la part de catholiques modernistes. Secundo, Mgr Marty essaya de négocier maladroitement, par l'intermédiaire de Jean Guitton, et proposa, en échange de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l'église Marie-Médiatrice située dans le XIXème arrondissement ce que Mgr Ducaud-Bourget refusa promptement. Tertio, le pape Jean-Paul II à peine élu, il demanda au Saint Père son intervention afin de pouvoir remédier à son problème; intervention qu'il ne vit jamais arriver.
Quatro enfin, il y eut un arrêté d'expulsion obtenu par l'archevêché de Paris, qui n'a cependant jamais souhaité l'appliquer. Jean Guitton, désigné comme médiateur cette fois par le Tribunal de grande instance, mit en avant le risque d'un trouble plus grand à l'ordre public, si cet arrêté était appliqué. Après y avoir exercé la fonction de curé, Mgr Ducaud-Bourget remit cette église entre les mains de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X qui la dessert encore aujourd'hui.

Le 21 décembre 1978, une bombe dans l'église y provoque des dégâts qui ne seront que superficiels. D'après certaines sources, l'action aurait été revendiquée par un groupe s'intitulant les « Brigades juives[5] ». Puis, dans ce grand élan cathophobe, ce fut la LICRA, institution communautaire, qui intenta un procès contre Mgr Lefebvre.

[modifier] L'époque de l'abbé Laguérie (1983-1997)

L'abbé Philippe Laguérie ayant exercé les fonctions de curé entre 1983 et 1997, est un personnage relativement médiatique (il a participé à plusieurs Duels sur la Cinq) et figure emblématique des traditionalistes en France. Pendant cette période, de grandes processions furent relancées à l'occasion de la Fête-Dieu et de la Fête de l'Assomption (le 15 août), ainsi qu'une vie paroissiale. Bien évidemment, le journal de gauche Libération a estimé, selon une déformation bien marxisante, qu'il « avait flirté avec l'antisémitisme et l'islamophobie[6] ».

Les obsèques de nombreuses personnalités furent célébrées dans cette église : ainsi Rolande Birgy, Jacques Audiberti (en 1965), Michel Boutin et un nombre important de personnes connues pour leur engagement à l'extrême droite, dont Georges-Paul Wagner, Paul Touvier, François Duprat, Maurice Bardèche, Jean-Pierre et Marie-France Stirbois.

Parmi les fidèles de la paroisse, on compte (ou on a compté) des personnalités de milieux divers, telles que Alain de Lacoste-Lareymondie, Jean-François Chiappe, Paul Guth, Michel de Saint-Pierre, Jacques Perret, Paul Vialar, Michel Droit ou encore Jean Dutourd[7].

[modifier] De 1997 à 2009

Le dimanche 14 septembre 2003, l'abbé Xavier Beauvais y officia sa première messe en tant que nouveau curé; pour l'occasion, le sermon fut prononcé par l'abbé de Cacqueray, Supérieur du District de France de la FSSPX.
Le 8 décembre 2003, près de deux-cent étrangers en situation irrégulière, menés par Romain Binazon (un de ceux-ci) et Sylvain Garel (élu Vert du XVIIIème arrondissement de Paris), occupèrent quelques heures l'église. Ils finirent par quitter les lieux avant l'arrivée de fidèles qui viennent défiler pour la traditionnelle procession aux flambeaux de l'Immaculée conception. Ce fut à leurs dépens que ces deux-cent personnes furent manipulées et instrumentalisées par l'extrême-gauche.
En 2005, le mouvement indépendant des Scouts Saint François-Xavier s'implanta à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Depuis juillet 2007, mois de publication du motu proprio « Summorum Pontificum » émis par le Pape Benoît XVI, le nombre de fidèles de l'église s'est quelque peu accru.

[modifier] Attaques récentes contre l'église (2009-2010)

  • Le dimanche 17 Janvier 2010 dans l’après-midi, alors que de nombreux fidèles participent à la Marche pour la Vie, l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet a été profanée par des projections de peinture rouge.
  • Début mars 2010, dans les heures ayant suivi le discours haineux et antichrétien de Jean-Luc Mélenchon, autocollants et affiches de propagande du PCF et du Front de Gauche ont fleuri sur le portail et la façade de l'église.

[modifier] Messes et cérémonies

Quatre grandes processions religieuses rassemblent les fidèles lors de fêtes religieuses catholiques, aux Rameaux, à la Fête-Dieu, à l'Assomption le 15 août, et pour la procession aux flambeaux en l'honneur de l'Immaculée conception le 8 décembre.

Outre ces fêtes religieuses, des messes commémoratives sont célébrées chaque année :

[modifier] Curés

[modifier] Personnages inhumés à Saint-Nicolas-du-Chardonnet

[modifier] Notes et références

  1. Les catholiques traditionnels, sur le site du Quid.
  2. Sculpteur ordinaire des bâtiments du roi, mort en 1702
  3. Motu proprio sur le site du Vatican : texte uniquement en latin, http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20070707_summorum-pontificum_lt.html
  4. « Les 30 ans d'occupation de Saint Nicolas-du-Chardonnet », Le Nouvel observateur, 27 février 2007.
  5. Emmanuel Ratier, Les guerriers d'Israël, Facta, 1995 (ISBN 2-9508318-1-8) p. 234. Antérieurement, cette attribution avait également fait l'objet d'une brève citation dans un article publié en juin 1991 par le mensuel politique français Le Choc du mois (n° 41, p. 7) , sous le titre Milices juives : quinze ans de terrorisme, sous la plume de A. Malek.
  6. Cf. article « Vade retro soutanas » de l'édition du 11 octobre 2006.
  7. Francis Bergeron et Philippe Vilgier, De Le Pen à Le Pen. Une histoire des nationaux et des nationalistes sous la Ve République, éd. Dominique Martin Mortin, 1986, p.137

[modifier] Annexes

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens et documents externes

[modifier] Bibliographie

Sur l'église et son histoire 
  • Yvan Christ, Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Paris, Éditions du Cerf, 1948
  • Paul Biehler, Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Son histoire, ses œuvres d'art, les édifices religieux voisins détruits : foi et beauté, photos de Jean-Pierre Yvon, Paris, P. Biehler, 1979
Sur sa communauté catholique traditionaliste 

[modifier] Documentaire

  • Abbé Bernard Lorber (réalisateur), St-Nicolas-du-Chardonnet, 30 ans après. Chardons toujours ardents, documentaire de la Procure de St-Nicolas-du-Chardonnet retraçant la « (re)prise » de cette église par la Fraternité Saint Pie X, avec des interview de Mgr Ducaud-Bourget, l'abbé Louis Coache, Mgr Marcel Lefebvre et du Père Congar, Paris, Procure Saint-Nicolas, 2007, (DVD, 115 minutes).