Antoine Argoud

Un article de ERUDITUS.

Antoine, Charles, Louis, Marie Argoud né le 26 juin 1914 à Darney (Vosges), mort le 10 juin 2004 à Vittel (ou Epinay ?) (Vosges) était un officier français, dirigeant de l'Organisation armée secrète (OAS) et Conseil national de la résistance (CNR).


Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] La naissance d’un chef

A l'issue de brillantes études qu'il termine avec la promotion 34 de l'Ecole polytechnique, Antoine Argoud rejoint l'arme blindée-cavalerie de l'armée française. Brillant officier, figurant parmi les plus jeunes colonels de l'armée : il est l'un des grands spécialistes de son arme. Cet officier petit, nerveux, « sec comme un tronc de houx » (G. Fleury), participa aux combats de la Seconde Guerre mondiale, avec les campagnes de Tunisie et d’Allemagne, à laquelle son destin devint indissolublement lié. Il combat alors dans la Ire armée du général de Lattre de Tassigny. A la fin de la guerre il intègre l’Ecole de guerre. Spécialiste des blindés, travail à doter l’armée française d’un engin blindé léger. Il est « en 1954 le promoteur de la brigade “Javelot”, noyau de la 7e division mécanique rapide, première grande unité “atomique” française » (Henry Coston). La même année, il occupe les fonctions d’attaché au cabinet de Jacques Chevallier, maire d’Alger, alors secrétaire d’Etat de la Défense nationale et des Forces armées de Pierre Mendès "France". A 42 ans, en 1956, Antoine Argoud est l’un des plus jeunes colonels de l’armée française. S’il n’a pas combattu en Indochine, il demande, après un différend avec le général Kœnig concernant l’emploi des blindés, à être muté en Algérie. Après un détour à Baden-Baden où il dirige le 2e bureau, il arrive en Algérie en avril 1956. Il y seconde le lieutenant-colonel de Courtils au 3e Régiment de chasseurs d’Afrique (RCA) et commande le sous-secteur de L’Arba.


[modifier] Face aux terroristes

Ses conceptions sont claires : la « guerre est totale » ; « aucune considération morale ne limite l’emploi de la force ». « Argoud s’est très vite accroché avec son chef direct, le général Jacques Allard, qui lui reprochait d’user de méthodes de répression trop expéditives dans son sous-secteur opérationnel de L’Arba. Tenant malgré les rappels à la modération à sa conception de la justice en temps de guerre, Argoud a fini par passer un accord oral avec le général Salan qui a admis de le laisser fusiller les terroristes du FLN, mais à l’expresse condition que ces exécutions se fassent dans le djebel, loin de L’Arba. Estimant de son côté que seul l’exemple implacable pourrait rassurer les populations indécises et terrorisées par les rebelles, Argoud avait pris l’habitude de faire conduire en camion les Musulmans de L’Arba jusqu’aux lieux où se déroulaient les mises à mort des assassins et des saboteurs du FLN » (G. Fleury). Confronté aux révolutionnaires communistes et musulmans, il s’impose comme l’un des théoriciens de la guerre subversive. Partisans de l’action psychologique, il préconise, dans la lutte contre le FLN le regroupement et le contrôle des populations. Il a justifié l’usage de la « torture contrôlée » comme nécessité du renseignement dans les guerres subversives. La mort d’un terroriste vaut bien celle de ses victimes innocentes. Le colonel Argoud intègre ensuite le cabinet du ministre de la Défense Jacques Chaban-Delmas, investi le 6 novembre 1957 par l’Assemblée nationale. De retour en Allemagne, en 1959, il prononça, selon Henry Coston, une conférence dénonçant l’intégration et souhaitant une certaine forme d’autodétermination de l’Algérie. Nommé à la fin de cette même année chef d’état-major du général Massu à Alger, il lui fit part, dans un rapport publié plus tard par l’OAS, de sa pensée. Selon le colonel Argoud, la guerre en cours en Algérie était « un épisode de la lutte entre le monde communiste et le monde occidental ». Il affirmait également : « autour de l’Algérie peut et doit se sceller la réconciliation nationale, de l’intelligentsia et de l’armée en particulier. Les conceptions sociales de l’une et de l’autre son bien faites pour les rapprocher ».


[modifier] Des barricades au putsch

Conscient de l’urgence de l’action, lors de la semaine des barricades, en janvier 1960, il interpelle avec virulence le nouveau Premier ministre, le petit-fils de rabbin Michel Debré, présent sur place pour entendre les principaux responsables du maintien de l’ordre. Contrairement à ce dernier, le colonel Argoud n’avait, durant sa carrière, jamais montré de sentiments très favorables à De Gaulle. Interrogé, il donne son avis clairement : il se montre favorable à l’Algérie française et dénonce l’attitude de De Gaulle ; il prédit une révolte de militaires. Mais la Semaine des barricades, en janvier 1960, est un échec. Le pouvoir lui fait payer ses prises de positions favorables à l’Algérie française. Il est muté à Montpellier. L’entrée au Centre des hautes études militaires (CHE.) lui est refusé : le pouvoir lui signifie qu’il ne sera jamais général. Antoine Argoud se retrouve à Metz, où il dirige l’instruction des réserves de la VIe région militaire, dans des fonctions très inférieures à celles qu’il assumait en Algérie. Il profite de cette mise à l’écart pour nouer de nombreux contacts et travailler ainsi au sauvetage des trois départements outre-Méditerranée de la République. Son action est rendue difficile par la surveillante implacable de la Sécurité militaire d’une part et des Renseignements d’autre part. Il n’hésite pourtant jamais à dévoiler ses projets, que ce soit face à des patriotes ou que ce soit face à ses ennemis, comme Jean-Jacques Servan-Schreiber ou à l’idiot-utile pro-soviétique Jules Roy.

A la fin de l’année 1960, le colonel Argoud doit rendre compte de ses actes devant le Tribunal permanent des forces armées. Il ne peut, comme il le souhaitait, faire de son procès celui de la politique du général-félon : le procès se déroulera à huis clos. Après sa déposition, le colonel Argoud se rend, avec son ami le colonel Joseph Broizat, chez Massu pour le rallier au putsch dont il rêve. Mais ce dernier préfère rester dans l’ombre de Charles De Gaulle qui, d’ailleurs, méprise Massu qui se braque plus encore lorsque, pour sauver la France, Argoud et Broizat se déclare prêt à supprimer De Gaulle. Argoud aura, lors d’une visite suivante, l’occasion de lui dire tout ce qu’il pense de Massu, de sa lâcheté, et du sort auquel il s’apprête à livrer les Européens d’Algérie. Il lui reproche d’avoir déclaré, à propos des Européens : « et si c’est nécessaire, eh bien, ils n’auront qu’à porter le fez ! ». A côté de cet échec, Argoud et Broizat multiplient les visites fructueuses à Paris et finalement c’est à Challe, Jouhaud et Faure qu’ils espèrent confier la direction du putsch. Argoud participe à une tournée clandestine en Algérie en compagnie du général Gardy. Avec en poche une permission de 8 jours, il prend le 19 avril 1961 la direction de l’Algérie.


[modifier] Le putsch d’avril 1961

Arrivé en Algérie, le colonel Argoud est perturbé par les reports de l’insurrection ; de plus, ses tentatives pour rallier le général [[Henri Gouraud|Gouraud] sont vaines : ce dernier exige la participation d’hommes politiques de premier plan. Après le début de la révolte contre la trahison gaulliste à Alger, le général Challe lui confie l’avenir du soulèvement à Oran. Bien qu’il considère que tout se jouera à Alger, il part pour Sidi Bel Abbés, le fief de la Légion étrangère, pour marcher ensuite sur Oran. Sous la direction nominative du général Gardy, c’est lui qui assume le commandement. Il tente de rallier le général de Pouilly, mais celui-ci refuse. Antoine Argoud le laisse libre de ses mouvements ; au contraire, il obtient la coopération de l’OAS naissante d’Oran. La pusillanimité de nombre de militaires et civils, la mésentente entre civils et militaires et l’inflexible engagement de De Gaulle dans la voie de la trahison auront raison du courage des insurgés. L’armée n’a pas basculé. Argoud et ses compagnons, après avoir retiré leurs galons, s’enfuient pour obvier à leur arrestation. Le colonel Argoud aura néanmoins eu le temps de découvrir, que le général de Pouilly a trahi en toute connaissance de cause, malgré la mort de son fils pour la France : un texte de Michel Debré est retrouvé dans le bureau du général, où apparaissent clairement les intentions du gouvernement gaulliste d’abandonner l’Algérie, ses populations européennes et musulmanes au FLN. Antoine Argoud plonge alors dans la clandestinité, dans la région de L’Arba où il avait servi quelques années plus tôt. Après quelque temps d’errance, il rentre à Alger. Désormais, il a compris, comme le capitaine Sergent, que le combat de l’Algérie française est indissociable de celui de la sauvegarde de la France tout entière. Il décide donc de poursuivre le combat en Europe. Malgré les pressions de Godard et de Salan, il met son projet à exécution et passe en Europe.

Là commence une fuite sans fin : son action a peu d’incidence sur le cours des évènements et son pouvoir réel est assez réduit. Il passe en Espagne où les autorités franquistes, après sa condamnation à mort, l’internent aux îles Canaries. Il conçoit la guerre d'Algérie comme une véritable guerre de libération nationale, dont le théâtre principal d'opération doit être le territoire métropolitain, et notamment Paris. Pour réaliser cette grande révolution sociale et nationale : pour poursuivre la lutte, il s’évade, passe en France, à Toulon, à Metz puis en Belgique et rejoint l’Allemagne. Selon Henry Coston, « fidèle à sa théorie du “communisme national”, il apparaissait à beaucoup comme un doctrinaire politique et un révolutionnaire plus qu’un simple rebelle. » En Allemagne, où il visite de nombreux régiments, il obtient l’appui de nombreux officiers qui avaient, en Algérie, respecté la parole donnée. Décidé à retourner en Algérie, il doit renoncer après l’arrestation de Raoul Salan et se réfugie à Bruxelles.

Le colonel Argoud reçoit ensuite le commandement supérieur de l’OAS, entériné par un papier déclarant : « A compter du 20 mai 1962, le colonel Argoud a pris le commandement de l’OAS-métro. Auprès de lui, le capitaine Sergent assume les fonctions de chef d’état-major. » Par l’intermédiaire d’un journal d’outre-Quiévrain favorable aux nationalistes français, La Dernière Heure, il annonce la constitution d’un Comité exécutif, sous le double patronage de Georges Bidault et de Jacques Soustelle, préfigurant le futur Conseil national de la résistance (CNR). Ce dernier est constitué par Antoine Argoud, Georges Bidault, Jacques Soustelle, et Pierre Sergent, qui forment le comité exécutif, le 20 mai 1962 à Rome. Ils désignent Georges Bidault président.


[modifier] L’enlèvement du colonel Argoud et la fin de l’OAS

L'aventure s'arrête en février 1963 : violant la souveraineté allemande et les lois internationales, De Gaulle fait enlever Argoud par ses barbouzes. Le 26 février 1963, dans un hôtel de Munich, il est enlevé ; frappé, séquestré, il est illégalement amené en France et déposé dans une camionnette près de la préfecture de police de Paris. L’Allemagne réclame le retour du colonel ; lui-même dépose plainte pour forfaiture contre le ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville. En vain.


[modifier] Les dernières années d’un grand Français

La fin de son épopée prit fin avec son procès. Après trois jours, sans que lui-même ou aucun de ses avocats n’est dit un mot – car, proclamait-il, « je ne suis pas à Paris, je suis toujours à Berlin –, la Cour de Sûreté de l’Etat prononça à son encontre, le 30 décembre 1963, une peine de détention criminelle à perpétuité. Après l’amnistie, prononcée durant la trouble année 1968, Antoine Argoud quitta la Santé et regagna sa Lorraine pour vivre dans sa maison natale de Darney. Après avoir été l’un des plus brillants officiers de l’armée française, il termine sa carrière professionnelle comme expert-graphologue auprès du tribunal de Nancy.

Il publie en 1974 un livre important, La Décadence, l'imposture et la tragédie dans lequel il déclarait notamment : « Je ne suis ni amer, ni résigné. Je ne regrette rien, sinon d'avoir perdu car l'abandon de l'Algérie reste une infamie ».

Quelques temps avant sa mort, il déclarait :

« Les jeunes générations doivent retenir cette grande leçon : la fermeté de caractère est la plus grande qualité de l'homme. Elle passe largement avant l'intelligence… La France est perdue à vue humaine. La faiblesse de la natalité en constitue la cause essentielle… le chaos qui s'est installé dans la société en France n'est que le résultat de l'absence des trois facteurs essentiels à sa survie : la dénatalité, l'absence totale d'autorité et l'absence d'une morale publique. »


[modifier] Bibliographie

La Décadence, l'imposture et la tragédie, Fayard, 1974.

Les Deux Missions de Jeanne d’Arc, 1988, 243 pages (illustré).


[modifier] Sources

  • Coston Henry, Dictionnaire de la politique française ;
  • Fleury Roger, Histoire de l’O.A.S. ;
  • Nice-Matin, « Décès du colonel Argoud ancien chef de l’O.A.S. », 12 juin 2004 ;
  • Rivarol, « Un grand Français, le colonel Argoud », 18 juin 2004.