Mgr Lefebvre
Un article de ERUDITUS.
Marcel Lefebvre, plus connu sous le nom de Mgr Lefebvre est né le 29 novembre 1905 à Tourcoing et mort à Martigny (Valais) le 25 mars 1991. Il était un archevêque français de l'Église catholique romaine, et le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X créée pour « former des séminaristes en vue de la prêtrise ».
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[modifier] Biographie
Il est issu d'une famille très catholique dont cinq enfants sur huit deviennent prêtres ou religieux. Son père meurt en février 1944 au camp de Sonnenburg[1] où il était interné pour faits de résistance, ce qui lui avait valu deux condamnations à mort. Elève de l'Institution Libre du Sacré-Cœur, entré au séminaire français de Rome en 1923, il est ordonné prêtre en 1929 par l'archevêque de Lille Mgr Liénart. Disciple et admirateur de son professeur le P. Henri Le Floch, il lui reste fidèle bien que celui-ci ait été contraint de quitter son poste de recteur au séminaire français pour ses sympathies maurrassiennes (l'Action française venait d'être condamnée par Pie XI en 1926). Après un an comme vicaire dans une paroisse de la banlieue ouvrière de Lille, il rejoint le noviciat de la congrégation du Saint-Esprit, (plus connus sous le nom de Spiritains). Il fait profession religieuse en septembre 1932.
[modifier] Missionnaire
Il devient missionnaire au Gabon. Il s'y implique dans les paroisses de brousse et dirige le séminaire. À la Seconde Guerre mondiale, il est encore mobilisable et est affecté à la colonie. il est rappelé en France, en 1945 et est nommé directeur et supérieur du scolasticat de philosophie des spiritains à Mortain.
En 1947, il est nommé évêque et vicaire apostolique de Dakar. Pie XII lui donne la charge de délégué apostolique pour l'Afrique francophone (plus de 40 diocèses), avec la mission d'africaniser l'Église en Afrique : pour cela, il crée des séminaires et confie des responsabilités au clergé local ; il doit aussi rechercher les personnes aptes à devenir évêques ; il est remplacé à cette charge le 9 juillet 1959 par Mgr Émile Maury. En 1955, il est le premier archevêque de Dakar. Il y est remplacé en janvier 1962 par Mgr Hyacinthe Thiandoum[2] qu'il avait ordonné prêtre en 1949.
Il est alors nommé évêque de Tulle (France), tout en restant archevêque à titre personnel. Cette même année, il est élu supérieur général des spiritains. Il renonce alors au diocèse de Tulle.
[modifier] Le concile
C'est au titre de supérieur d'ordre et d'Archevêque qu'il participe au concile Vatican II.
Lors des importants débats sur la liberté religieuse, il rejoint le groupe Coetus Internationalis Patrum. Ce groupe de travail critique notamment les conclusions de la Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae, les jugeant non conformes à la Tradition de l'Église. Après de longs débats, ce texte est adopté par 2308 voix pour et 70 contre. Au cours du concile, au sein du Coetus, il cherche faire entendre la voix traditionnelle et défendre la cohérence de l'enseignement de l'Église.
Suite au concile, il aborde la question de l'« aggiornamento » au sein de son ordre (les spiritains). En 1968, suite à la modification de la règle établie par leur fondateur, le vénérable Père Libermann, ce qu'il refusait, il se démet de sa charge de supérieur. Petit à petit, en privé, puis ouvertement, il s'associe à la critique des « traditionalistes » à l'encontre du concile Vatican II et des réformes issues de l'« esprit du concile ».
Critique de la nouvelle liberté religieuse (pour toutes les religions), du nouvel œcuménisme (sans conversion), de la nouvelle conception de la collégialité et de la réforme générale de la liturgie, et tout particulièrement du rite de la messe promulgué par Paul VI - le nouvel Ordo Missae - qui vient se substituer au rite dit tridentin, codifié par le Pape saint Pie V. De manière générale, il critique la tentative d'adaptation de l'Église à la modernité, qu'il nomme compromission.
[modifier] La Fraternité Saint-Pie X
En 1970, à la demande de plusieurs séminaristes français, il fonde à Écône (Suisse) la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Les buts de cette fraternité sacerdotale sont « le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne ». L'institution est érigée canoniquement par Mgr Charrière, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en tant que « pieuse union » pour une durée de 3 ans ad experimentum renouvelables. De son côté, l'évêque de Sion l'autorise à fonder un séminaire à Ecône.
D'abord relativement discret dans sa critique du concile Vatican II, Mgr Lefebvre en vient à prendre publiquement position. C'est en effet l'époque où les prêtres qui s'emploient à conserver la Messe traditionnelle se retrouvent dans la nécessité de choisir, et d'entrer en rupture[3].
Alors que Rome le force précisément à choisir, en lui enjoignant d'adopter le rite de Paul VI, Mgr Lefebvre publie le 21 novembre 1974 un manifeste résumant ses positions :
- « Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. (…)
- Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Église depuis dix-neuf siècles. (…)
- Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est toute entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette Réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. (…)
- C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures. »[4]
En conséquence, au printemps 1975, l'évêque de Fribourg retire son autorisation à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X[5].
Malgré cela, Mgr Lefebvre décide de continuer son action de formation de prêtres, et, en juin 1976, il ordonne 13 prêtres sans lettres dimissoires[6].
Le 22 juillet 1976, Paul VI frappe Marcel Lefebvre d'une suspense a divinis[7], pour ordinations sans lettres dimissoriales[8] et la Fraternité est dissoute.
En réponse, dans une interview au Figaro, Mgr Lefebvre décrit Vatican II comme « un concile schismatique » et s'interroge publiquement sur la légitimité de Paul VI [9]. Et le 29 août, Mgr Lefebvre célèbre la « messe de Lille »[10].
Sur le plan politique, il est proche des pouvoirs ouvertement chrétiens, accordant sa bénédiction à des mouvements conservateurs, voire à des régimes dictatoriaux. Ainsi en 1976, il exprime un soutien indirect au régime du général Videla, en Argentine. De même, en 1985, il déclare admirer les régimes qu'ont mis en place Franco et Salazar, saluant notamment le fait que ces deux pays avaient su rester neutres pendant la Seconde Guerre mondiale, épargnant non seulement leur population, mais aussi les nombreux juifs qui y résidaient. Enfin, la même année, il accorde son soutien, dans le quotidien Présent, à Jean-Marie Le Pen, président du Front National, en tant que seul homme politique clairement opposé à l'avortement. Il sera d'ailleurs admiré par différentes personnalités classées à l'extrême droite telles que François Brigneau et Roland Gaucher.
Malgré les tensions entre Mgr Lefebvre et Rome, les relations ne sont jamais rompues et nombre de courriers sont échangés afin de trouver une solution apaisée[11]' [12]' [13].
[modifier] La rupture
Le conflit entre Mgr Lefebvre et Rome s'exacerbe en 1986. En effet en cette année-là, le Pape Jean-Paul II organise à Assise, une rencontre interreligieuse où les représentants de toutes les religions sont invités à prier pour la paix, mais chacun devant son Dieu. Par exemple, la statue de Bouddha est placée sur le tabernacle de l'autel de l'église Saint-Pierre d'Assise lorsque les bouddhistes y célèbrent un culte de mantras. Le pape demande que tous les évêques suivent son exemple, ce qui se produit peu après à Varsovie, Bari, Malte, Bruxelles, Canberra, Einsiedeln, etc. Mgr Lefebvre juge ces pratiques incompatibles avec la tradition de l'Église et contraires au premier commandement de Dieu : « un seul Dieu tu adoreras ! … Je suis un Dieu jaloux ». Il envoie au pape une image avec le texte du psaume 95 de la Vulgate des Écritures saintes : « Les dieux des gentils sont des démons ».
Mgr Lefebvre considère que Rome ne veut pas faire l'« expérience de la Tradition » et décide en conséquence de sacrer des évêques, avec ou sans l'approbation de Rome, « pour faire survivre la Tradition de l'Église »[14].
Pourtant ni Mgr Lefebvre ni le pape Jean-Paul II ne veulent une rupture et tentent de maintenir le dialogue. En 1987, le pape nomme le cardinal Édouard Gagnon médiateur[15]. Celui-ci rend visite à de nombreuses maisons de la Fraternité Saint Pie X ; il conclut sa tournée sur des propos très louangeurs[16] et remet au pape Jean-Paul II un rapport sur ces visites.
Un accord est signé le 5 mai 1988[17] par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre, approuvant notamment le principe de la nomination d'un évêque pour que l'œuvre de la Fraternité se maintienne. Mais la tentative de réconciliation échoue et le lendemain, Mgr Lefebvre rétracte sa signature[18].
Le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre, assisté de Mgr Antonio de Castro-Mayer, sacre évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta, Le lendemain, le cardinal Gantin, préfet de la Congrégation des Evêques, déclare les quatre nouveaux évêques, ainsi que Mgr Lefebvre et son co-célébrant, excommuniés latæ sententiæ au titre des canons 1364-1 et 1382 du Code de droit canonique[19].
Certains proches de Mgr Lefebvre et de sa Fraternité refusent le terme de schisme en citant le Père Jone O.M.Cap.[20] qui écrit en 1934 : « Est schismatique celui qui, par principe, ne veut pas être soumis au pape… mais n'est pas schismatique celui qui refuse simplement d'obéir au pape, alors même que ce serait pendant longtemps. » Or Mgr Lefebvre n'a jamais renié la papauté catholique, comme l'ont fait, par exemple, les schismatiques orthodoxes (les « Photiens »). Il est seulement question d'une vive discussion et une désobéissance systématique concernant certains textes du concile Vatican II et de ses réformes.
Mgr Lefebvre meurt le 25 mars 1991 (fête de l'Annonciation), laissant derrière lui la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, implantée dans plus de cinquante pays sur les cinq continents. Malgré l'acte de rupture posé formellement en 1988, les relations entre Rome et les fils de Mgr Lefebvre se maintiennent encore aujourd'hui.
[modifier] Remarque
La controverse sur la liturgie, née du concile Vatican II, qui a donné naissance au courant appelé familièrement « traditionalisme » par beaucoup de catholiques, ne doit pas être confondue avec la question centrale de la Tradition (avec une majuscule), qui est de savoir si les écritures seules (sola scripture selon l’expression luthérienne) suffisent (la Bible, et quelle version), ou bien s'il faut s'appuyer aussi sur le témoignage de chrétiens dans l'Histoire, position défendue par le catholicisme, et pas toujours acceptée par les autres chrétiens.
[modifier] Œuvres
La liste ci-dessous est non exhaustive.
- Livres
- 1976 : J'accuse le Concile (recueil de textes et documents traduits pour la plupart du latin, 1962-1966). Éd. Saint-Gabriel, Martigny, 116 p.
- 1976 : La Messe de Luther. Éd. Saint-Gabriel, Martigny, 20 p. (Réunit De la Messe évangélique de Luther au nouvel Ordo missæ et De la Messe et du sacerdoce catholique, conférences prononcées à Florence, le 15 février 1975, et à Mariazell, le 8 septembre 1975.)
- 1977 : Non : mais oui à l'Église catholique et romaine (entretiens de José Hanu avec Mgr Marcel Lefebvre). Éd. Stock, Paris, 251 p.
- 1979 : Un évêque parle Éd. DMM,
- 1985 : Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Paris : Albin Michel, coll. « Lettre ouverte ». 216 p.
- 1987 : Ils l'ont découronné : : du libéralisme à l'apostasie, la tragédie conciliaire. (Recueil de conférences faites aux séminaires d'Écône). Éd. Fideliter, Broût-Vernet
- 1989 : Lettres pastorales et écrits : [1948-1968]. :Éd. Fideliter, Broût-Vernet, 336 p.
- Articles
- mai 1979 : Mgr Lefebvre et le Saint-Office, revue Itinéraires n° 233
[modifier] Annexes
[modifier] Notes et références
- ↑ J.O n° 83 du 9/04/1994 page 5292
- ↑ succession apostolique de Dakar.
- ↑ Voir par exemple Bryan Houghton
- ↑ Déclaration du 21 oct 1974
- ↑ Lettre de l'évêque de Fribourg à Mgr Lefebvre
- ↑ « En principe, on ne doit recevoir les ordres que de son propre Evêque ; si on s'adresse à un autre, il faut lui présenter des lettres dimissoires de son propre Evêque [canon 955, § 1] [...] Une lettre dimissoriale est l'autorisation donnée à un ordinand de recevoir les ordres, même la tonsure, d'un autre que son propre Evêque. Nul ne peut ordonner un sujet étranger si celui-ci ne présente des lettres dimissoriales de son propre Ordinaire ; il y a suspense ipso facto pour un an de la collation des ordres, réservée au Saint-Siège, contre ceux qui violent cette prescription canonique [canon 2373]. Il y a aussi suspense ipso facto de l'ordre reçu contre celui qui malicieusement reçoit les ordres sans lettres dimissoriales ou avec de fausses lettres dimissoriales [canon 2374] » A. Cance, Le Code de Droit canon, commentaire succint et pratique, tome II, pp. 417-419."
- ↑ Notification de la suspens
- ↑ Documentation Catholique 1976, n° 1704, p. 781.
- ↑ Entrevue au Figaro, 4 août 1976
- ↑ Journal télévisé d'A2, le 29 août 1976
- ↑ Lettre de Mgr Lefebvre au Souverain Pontife Jean-Paul II - 16 octobre 1980
- ↑ Lettre du cardinal Seper à Mgr Lefebvre - février 1981
- ↑ Lettre du cardinal Ratzinger à Mgr Lefebvre - 20 juillet 1983
- ↑ Lettre de Mgr Marcel Lefebvre aux futurs évêques - 29 août 1987, rendue publique au mois de juin 1988
- ↑ Communiqué de l'Osservatore Romano - 18 octobre 1987
- ↑ Réponse de Son Éminence le cardinal Gagnon au Supérieur général de la FSSXP, à l'issue de sa visite canonique - décembre 1987
- ↑ Protocole d'accord du 5 mai 1988 entre le Saint Siège et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X
- ↑ Lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ratzinger - 6 mai 1988
- ↑ Décret d'excommunication
- ↑ Dr Jone O.M. Cap Précis de théologie morale catholique, n°432, 1
[modifier] Bibliographie
- Jean-Anne Chalet, Monseigneur Lefebvre. Éditions Pygmalion, Paris, 1976. 254 p. (ISBN 2-857-04037-7) ;
- Yves Congar, La Crise dans l'Église et Mgr Lefebvre (2e édition augmentée). Éditions du Cerf, Paris, 1977. 122 p. (ISBN 2-204-01115-0) ;
- Roland Gaucher, Monseigneur Lefebvre : combat pour l'Église. Éditions Albatros, Paris, 1976. 261 p. ;
- Jacques Goudet, Le Cas Mgr Lefebvre. Éditions l'Hermès, collection « Les Hommes et les lettres. Documents », Lyon, 1978. 209 p. (ISBN 2-85934-026-2) ;
- François Houang et Roger Mouton, Les Réalités de Vatican II et les désirs de Monseigneur Lefebvre. Fayard, Paris, 1978. 143 p. (ISBN 2-213-00578-8) ;
- Abbé Denis Marchal, Mgr Lefebvre : vingt ans de combat pour le sacerdoce et la foi, 1967-1987. Nouvelles Éditions latines, Paris, 1988. 157 p.
- Luc Perrin, L'affaire Lefebvre, Cerf, 1989, 128p.(ISBN 2-204031-28-3)
- François Brigneau, Pour saluer Mgr Lefebvre. Publications F.B., collection « Mes derniers cahiers », 1Modèle:Re série, n° 1, Paris, juin 1991, 64 p.
- Philippe Héduy, Monseigneur Lefebvre et la Fraternité. Fideliter (Eguelshardt) et Société de production littéraire (Paris), 1991. 145 p. + 4 p. d'illustrations. (ISBN 2-903122-46-6) ;
- Jean-Jacques Marziac :
- Monseigneur Lefebvre, tome 1 : Soleil levant ou couchant : Mystères joyeux. Nouvelles Éditions latines (Paris) et Fideliter (Broût-Vernet), 1979. 141 p. + 30 p. d'illustrations. (ISBN 2-7233-0085-4),
- Monseigneur Lefebvre, tome 2 : Des Évêques français contre Monseigneur Lefebvre : mystères douloureux. Fideliter, Broût-Vernet, 1989. 157 p. + 32 p. d'illustrations. (ISBN 2-903122-44-X)
- Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre : une vie. Éditions Clovis, Étampes, 2002. 719 p. + 17 p. d'illustrations (ISBN 2-912642-82-5).
