Pie XII
Un article de ERUDITUS.
Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli (Rome, 2 mars 1876 – Castel Gandolfo, 9 octobre 1958), élu pape le 2 mars 1939 sous le nom de Pie XII (en latin Pius XII, en italien Pio XII).
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[modifier] Jeunesse
Eugenio Pacelli naît à Rome dans une famille de la noblesse d'Église très liée, depuis le XIXème siècle, au Saint-Siège. Ce milieu, que l'on appelle la « noblesse noire », se caractérise par une fidélité absolue envers la papauté pendant les presque soixante ans que dure la Question romaine, jusqu'à la signature des accords du Latran. Le grand-père d'Eugenio Pacelli, Marcantonio Pacelli, a été secrétaire à l'Intérieur sous le pontificat de Pie IX de 1851 à 1870 ; il a été l'un des fondateurs du journal officiel du Vatican, L'Osservatore romano, en 1861. Son père, Filippo Pacelli (1837-1916), est avocat à la Rote romaine puis avocat consistorial ; il se montre défavorable à l'intégration des États pontificaux au royaume d'Italie. Sa mère, Virginia Graziosi (1844-1920) vient d'une famille distinguée pour ses services rendus au Saint-Siège. Enfin, son frère, Francesco Pacelli, docteur en droit canon et juriste du Saint-Siège, sera l'un des négociateurs des accords du Latran en 1929.
Eugenio Pacelli fait ses études au lycée Visconti, un établissement public. Il entame en 1894 des études de théologie à l'Université grégorienne, comme pensionnaire du Collège Capranica. De 1895 à 1896, il effectue une année de philosophie à l'université romaine de La Sapienza. Il rejoint l'institut Apollinare de l'université pontificale du Latran, en 1899, où il obtient trois licences, l'une de théologie et les autres in utroque jure (« dans les deux droits », c'est-à-dire droit civil et droit canonique). Au séminaire, pour des raisons de santé, il échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental.
Il est ordonné prêtre le 2 avril 1899 par Mgr Francesco di Paola Cassetta, un ami de la famille.
[modifier] Carrière à la Curie
En 1901, il entre à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, chargée des relations internationales du Vatican, suite à la recommandation du cardinal Vannutelli, ami de la famille. Il y devient minutante. Pacelli assiste au conclave d'août 1903, qui voit l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier porter la dernière exclusive contre le cardinal Rampolla. En 1904, il est nommé par le cardinal Gasparri secrétaire pour la Commission pour la codification du droit canonique. Il devient également camérier secret, signe de confiance de la part du pape. Il publie une étude sur La Personnalité et la territorialité des lois, spécialement dans le droit canon, puis un livret blanc sur la séparation des Églises et de l'État en France. Pacelli doit décliner de nombreuses offres de chaires de droit canonique, aussi bien à l'Apollinaire qu'à l'université catholique de Washington. Il accepte cependant d'enseigner à l'Académie des nobles ecclésiastiques, vivier de la Curie romaine. En 1905, il est promu prélat domestique.
Ses promotions :
- en 1911, il devient sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires ;
- en 1912, Pie X le nomme secrétaire adjoint, puis secrétaire le 1er février 1914. Il conserve ce poste sous le règne de Benoît XV et assume alors la tâche de promouvoir la politique du pape pendant la Première Guerre mondiale. En particulier, il tente de dissuader l'Italie d'entrer en guerre ;
- en 1915, il voyage à Vienne et travaille en collaboration avec Mgr Scapinelli, nonce apostolique à Vienne, pour convaincre l'empereur François-Joseph de se montrer plus patient à l'égard de l'Italie. De la sorte, l'Italie n'entrerait pas en guerre contre les puissances centrales (Autriche-Hongrie et Allemagne).
[modifier] Nonce apostolique
Le 20 avril 1917, Benoît XV nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière, – Munich est alors l'unique représentation pontificale de l'Empire allemand. Trois jours plus tard, le nouveau nonce est nommé archevêque in partibus de Sardes.
Il est sacré évêque dans la chapelle Sixtine, des mains du pape Benoît XV, le 13 mai 1917, jour même des apparitions de la Vierge à Fatima.
Il commence par œuvrer à la réception de la note du 1 août 1917, de Benoît XV, mais n'obtient que des résultats décevants. Il s'efforce également de mieux connaître l'Église catholique allemande, visitant les diocèses et assistant aux principales manifestations catholiques, comme le Katholikentag. Il prend à son service l'allemande sœur Pasqualina, alors âgée de 23 ans, qui restera sa gouvernante jusqu'à la fin de sa vie. Parallèlement, il prend connaissance des discussions entre le Vatican et l'URSS. Il relaie des propositions soviétiques pour l'organisation du catholicisme. En 1926, il consacre évêque le jésuite d'Herbigny, chargé de constituer un clergé en Russie.
Depuis 1919, la nonciature en Bavière était reconnue compétente pour l'ensemble du territoire allemand. Lorsque des troubles éclateront en Bavière, des révolutionnaires spartakistes menaceront Pacelli de leurs armes pour prendre sa voiture. Le 23 juin 1920, une nonciature en Allemagne est créée. Pacelli y est transféré en même temps qu'il reçoit la nonciature de Prusse, double casquette purement formelle puisque le personnel et l'adresse sont les mêmes.
Afin de régulariser les relations entre le Saint-Siège et les autres États et d'y défendre les activités catholiques, il négocie plusieurs concordats avec différents pays : avec la Lettonie en 1922, la Bavière en 1924, la Pologne en 1925, la Roumanie en 1927. Il est accrédité à Berlin en 1920. En 1929, il signe un concordat avec la Prusse, est élevé à la dignité de cardinal avec le titre de cardinal-prêtre de Saints Jean et Paul et nommé cardinal secrétaire d'État. Il devient le principal collaborateur de Pie XI.
La même année, il écrit, au sujet d'Hitler :
« Ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin - je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. - Qui parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ? »[1].
[modifier] Secrétaire d’État
En tant que secrétaire d'État, le cardinal Pacelli conduira la négociation et la signature de plusieurs concordats, régissant les relations entre l'état signataire et l'Église catholique et permettant à cette dernière de faire fonctionner de nombreux groupes et associations. On trouve parmi les états signataires de tels accords l'Autriche en 1933, la Yougoslavie en 1935 et le Portugal en 1940.
Pour renforcer les concordats déjà signés avec plusieurs états allemands, après plusieurs tentatives de négociation infructueuses, le 20 juillet 1933, Pacelli signe avec Franz von Papen, représentant le nouveau chancelier du Reich, Adolf Hitler, un concordat avec l'Allemagne.
L'Allemagne nazie ne respectant pas le concordat, le cardinal Pacelli envoie 55 notes de protestations au gouvernement allemand de 1933 à 1939. En mars 1937, il rédige avec le cardinal-archevêque de Munich, Michael von Faulhaber, le texte de l'encyclique Mit brennender Sorge qui renouvelle ces protestations et condamne la divinisation de la race et le paganisme. Le texte est lu en chaire dans les églises catholiques d'Allemagne ; des centaines d'arrestations suivent ; mais le concordat n'est cependant pas dénoncé (il est toujours en vigueur actuellement).
En 1938, à la suite de l'approbation de l’Anschluss par l'épiscopat autrichien et à la demande du pape Pie XI, Pacelli demande au cardinal Innitzer, archevêque de Vienne, de rédiger une déclaration prenant position contre l'annexion. Le 6 mai, celui-ci s'exécute, écrivant dans l'Osservatore Romano, au nom de tous les évêques d’Autriche, que :
La déclaration solennelle des évêques autrichiens […] n’avait pas pour but d’être une approbation de quelque chose qui est incompatible avec la loi de Dieu et que les gestes de sympathie de l'épiscopat autrichien à l'égard du régime hitlérien n'avaient pas été concertés avec Rome.
[modifier] Le conclave
Le pape Pie XI avait laissé entendre qu'il aurait aimé avoir pour successeur le cardinal Pacelli[2]. A la mort de ce pape, des échanges entre les gouvernements français et britannique montrent leur préférence pour le cardinal secrétaire d'état Pacelli ; l'ambassadeur de France François Charles-Roux intervient activement pour soutenir son élection[3].
Pacelli est élu pape le 2 mars 1939, au troisième tour de scrutin. Le nouveau pape choisit le nom de règne de Pie XII (Pius XII), dans la continuité du pontificat précédent. Il est le premier secrétaire d'État élu pape depuis Clément IX en 1667.
Il nomme le cardinal Luigi Maglione, ancien nonce à Paris, secrétaire d'État.
[modifier] Le magistère de Pie XII
[modifier] Dogme de l'Assomption
Pie XII a proclamé le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie par la constitution apostolique Munificentissimus Deus du 1 novembre 1950. Cette initiative fait suite à un siècle d'intense réflexion théologique sur la Vierge Marie. Elle confirme aussi officiellement la célébration du mystère de l'Assomption, présente depuis des siècles dans l'Eglise)[4].
La proclamation du dogme a aussi été précédée de nombreuses demandes émanant des églises locales. De 1854 à 1945, huit millions de fidèles catholiques ont écrit en ce sens. Lettres auxquelles on peut ajouter les pétitions de 1332 évêques, et de 83.000 prêtres, religieuses et religieux. La proclamation du dogme, clôture l'année jubilaire de 1950 et est accompagnée de célébrations importantes[5].
Ce dogme se définit ainsi : n'ayant commis aucun péché, Marie est directement montée au Paradis à sa mort, avec son âme et aussi avec son corps. En effet, étant épargnée par le péché originel (c'est le dogme de l'immaculée conception défini en 1854), rien n'oblige son enveloppe charnelle à attendre la résurrection des corps à la fin des temps. « Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et âme à la vie céleste ». (Pie XII, Constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950).
En proclamant le dogme de l'Assomption, Pie XII a exercé, après consultation des évêques du monde entier[5], son infaillibilité pontificale. C'est la seule foi que cette infaillibilité, définie en 1870 lors du concile Vatican I, a été exercée par un pape[6].
[modifier] Encycliques de Pie XII
Pie XII a promulgué quarante-et-une encycliques au cours de ses dix-neuf années de pontificat.
[modifier] Mystici Corporis Christi et l'ecclésiologie
Cette encyclique paraît le 29 juin 1943. Pie XII y développe une théologie de l'Église comme corps mystique du Christ.
[modifier] Divino Afflante Spiritu et l'exégèse
Dans cette encyclique publiée le 30 septembre 1943, le pape donne à l'exégèse sa norme de liberté en distinguant les différents genres littéraires dans l'Écriture.
[modifier] Mediator Dei
Voir, ci-dessous, le chapitre Les réformes liturgiques de Pie XII.
[modifier] Humani Generis, la nouvelle théologie et la théorie de l'évolution
Dans cette encyclique publiée le 12 août 1950, Pie XII fait la critique d'un certain nombre de « fausses opinions qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique »[7]
Sans formuler de condamnation précise, il expose ses critiques et mises en garde contre le courant de la nouvelle théologie. Il l'accuse de favoriser une forme de relativisme et d'ignorer certains enseignements traditionnels. Le pape expose le point de vue que les théologiens doivent se placer d'abord au service du magistère de l'Église, dans une démarche de développement organique.
L'encyclique évoque également la doctrine de l'évolution : cette théorie n'entre pas en opposition avec la doctrine catholique, « dans la mesure où elle recherche l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu ». En revanche, le polygénisme est clairement rejeté.
[modifier] Haurietis aquas in Gaudio, sur le Sacré-Cœur
Dans cette encyclique publiée en 1956, Pie XII produit une synthèse de référence sur le sens de la spiritualité du Sacré-Coeur[8][9]. Pie XII y définit le mystère du cœur de Jésus comme le mystère de l'amour miséricordieux du Christ et de la Trinité tout entière, Père, Fils et Saint Esprit, envers l'humanité[10].
[modifier] Les réformes liturgiques de Pie XII
Afin de saisir ce qui suit, il faut bien comprendre que Pie XII fut un grand pape mais que la liturgie était loin d'être son fort. Ainsi, il préféra s'appuyer sur divers conseillers qui furent les véritables faiseurs de ces réformes.
[modifier] 1945 - Le cardinal Bea ou la nouvelle traduction latine du psautier
Un bonne partie des traditionalistes rejettent le psautier du cardinal Bea paru en 1945, le psalterium pianum car il débute le prologue moderniste du Novus ordo établi lors du concile Vatican II. Le cardinal Bea (un des leaders réformistes du concile), lourdement soupçonné d'être lié au B’nai B’rith, fit passer sa grande amitié pour le peuple juif dans la rédaction de ce psautier, au détriment de l'intégrité de la foi. Ainsi, le psautier Bea est catholique, il en a, cependant, perdu une partie de son essence.
[modifier] 1947 - Mediator Dei
Le 20 novembre 1947, Pie XII publie l'encyclique Mediator Dei, consacrée à la liturgie qui "se développe selon les circonstances et les besoins des chrétiens".
Ce document insiste sur la nature de la liturgie, qui n'est pas seulement un culte public, extérieur, mais surtout un culte intérieur qui s'enracine dans la piété des fidèles (« que ce que nous professons dans nos observances extérieures, s’accomplisse réellement dans notre intérieur »). L'encyclique insiste ainsi sur l'importance de la coopération humaine à l'action divine : « l’Église cherche à faire pénétrer cet esprit dans toute la vie privée, conjugale, sociale et même économique et politique, afin que tous ceux qui portent le nom d’enfants de Dieu puissent plus facilement atteindre leur fin. »
Ce document marque le début d'une entreprise de réforme de la liturgie romaine. Pour le pape Pie XII, un tel mouvement de réforme doit se faire dans le respect d'une certaine continuité, d'une évolution organique de la liturgie ; l'initiative des adaptations doit en outre respecter un principe hiérarchique fort.
Par exemple, le pape n'exclut pas l'usage d'autres langues que le latin : « Dans bien des rites cependant, se servir du langage vulgaire peut être très profitable au peuple : mais c’est au seul Siège apostolique qu’il appartient de le concéder ». Il s'oppose en revanche à « l'excessive et malsaine passion des choses anciennes » : « il n'est pas sage ni louable de tout ramener en toute manière à l'Antiquité ». Il condamne par là l'archaïsme liturgique qui, sous couleur de retour aux sources, est un procédé de rupture avec la tradition.
Pour mettre en œuvre ces idées générales, Pie XII met en place le 28 mai 1948 une commission pontificale pour la réforme liturgique[11]. Cette commission mènera à bien une réforme du rite romain de la Semaine Sainte et de la vigile pascale. Elle poursuivra ses travaux au cours des pontificats suivants.
[modifier] Autres prises de position
[modifier] La possibilité de continence pour la Femme
Contrairement à l'Église anglicane qui autorise la contraception de plus en plus largement depuis la conférence de Lambeth de 1930, Pie XII maintient l'enseignement de l'encyclique Casti Connubii de son prédécesseur Pie XI, sur la chasteté dans le mariage. Toutefois dans son discours au congrès de l'Union catholique italienne d'obstétrique du 29 octobre 1951[12], il reconnaît officiellement la possibilité du contrôle des naissances en permettant la continence durant la période féconde du cycle menstruel[13]. Cette possibilité avait été en fait déjà reconnue au siècle précédent, mais seulement à l'occasion de questions posées à la Pénitencerie apostolique[14].
Dans un discours du 8 janvier 1956, il se déclare favorable aux méthodes psychologiques d'accouchement sans douleur, arguant que « tout en punissant Ève, Dieu ne veut pas interdire, et n'interdit pas aux mères, l'utilisation des moyens appropriés pour effectuer l'accouchement plus facile et moins douloureux »[15].
[modifier] Sur les premières questions de bioéthique
Dans de nombreux discours, Pie XII s'est prononcé sur les aspects moraux de nouvelles techniques médicales disponibles[16]. Ainsi, le 13 mai 1956, il indique que les prélèvements et greffes d'organes sont licites (en précisant des conditions de respect de la dignité humaine)[17] Il affirme également qu'il est « licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d'amoindrir la conscience et d'abréger la vie », ce qui permettra à ses successeurs de considérer légitime l'usage des soins palliatifs[18].
[modifier] La Création et le Big Bang
Dans un discours du 22 novembre 1951 où il fait référence la théorie cosmologique du Big Bang, Pie XII déclare : « Il semble en vérité que la science d'aujourd'hui, remontant d'un trait des millions de siècles, ait réussi à se faire le témoin de ce Fiat Lux initial. »[19]. Cette position, de type concordiste (qui cherche à faire une synthèse entre la foi et la science) fut corrigée en 1952[20] par Pie XII, suite à sa rencontre avec le chanoine Georges Lemaître, un des créateurs de la théorie du Big Bang[21].
[modifier] Pastorale
[modifier] Ordination d'évêques locaux dans les nouveaux diocèses
Pie XII a particulièrement veillé à aider les églises locales fondées récemment, en Afrique notamment. Il a suscité et accompagné la formation d'un clergé autochtone, favorisant l'ordination d'évêques issus de ce clergé local[4]. Il est ainsi le premier pape des temps modernes à avoir ordonné des évêques d'origines africaines, en 1939[22] [23]. Il a soutenu ces églises locales en détachant auprès d'elles des prêtres occidentaux prêtés par leurs diocèses (encyclique Fidei Donum en 1957) et mis à la disposition des évêques africains[4] [24].
[modifier] Fin de l'expérience des prêtres ouvriers
Pie XII a mis un terme, en 1953-1954, à l'expérience des prêtres ouvriers. En effet, certains prêtres glissaient, voire sombraient, vers le marxisme, ne remplissant plus ainsi leur devoir se conduisant parfois comme des hérétiques.[25]. La mission des prêtres-ouvriers pouvait occulter « la mise à part » des prêtres en vue du service de l'Église et des fidèles. On risquait aussi de confondre les missions respectives des fidèles laïcs, plus présents dans la société au quotidien, et des prêtres qui doivent rester disponible pour leur ministère et l'annonce explicite de l'évangile. Cette décision du Saint-Siège n'a pas été reçue favorablement par une partie des fidèles, des prêtres et de l'épiscopat français. Ce dernier a alors créé les « missions ouvrières », pour coordonner l'apostolat des fidèles laïcs et du clergé en monde ouvrier[26].
[modifier] Utilisation des médias modernes
Pie XII va utiliser divers moyens de communication, comme la radio. Durant la guerre, il adresse ainsi cinq messages radiophoniques :
- le 1er juin 1941, sur l'anniversaire de Rerum novarum;
- à Noël 1941, sur l'ordre international;
- à Noël 24 décembre 1942, sur l'ordre intérieur des nations : « …Ce vœu (de retour à la paix), l'humanité le doit à des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, pour le seul fait de leur nationalité ou de leur origine ethnique, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction »…
- le 1 septembre 1944, sur la civilisation chrétienne;
- à Noël 1944, sur les problèmes de la démocratie.
Il a été le premier pape à utiliser la télévision. Le 23 décembre 1950, il y annonce la découverte de la tombe de Saint Pierre, retrouvée exactement à l'aplomb de la coupole de Michel-Ange (sous l'autel majeur) à la suite de fouilles archéologiques.
[modifier] Canonisations
Il canonisa notamment Gemma Galgani en 1940; Nicolas de Flue, Louis-Marie Grignion de Montfort et Catherine Labouré en 1947; Jeanne de Lestonnac en 1949, Jeanne de France, Émilie de Rodat et Maria Goretti en 1950; Dominique Savio et Pie X en 1954.
[modifier] Le pape pendant la deuxième guerre mondiale (1939-45)
Le pontificat de Pie XII commence le 2 mars 1939 et son couronnement a lieu le 12 mars dans la basilique Saint-Pierre, soit trois jours avant l'invasion de Prague par les armées nazies. Quelques mois plus tard, éclate la Seconde Guerre mondiale.
L'attitude du cardinal Pacelli vis-à-vis du Troisième Reich et de la persécution des Juifs est alors de notoriété publique. En effet, à peine deux ans auparavant, il avait participé à la rédaction de l'encyclique Mit brennender Sorge (avec un souci brûlant) publiée le 14 mars 1937 et qui condamnait fermement le nazisme. En mai 1938, Pie XII et son secrétaire d'état s'étaient absentés ostensiblement du Vatican lors de la visite d'Hitler.
Non seulement ce texte, qui donne la position officielle de l'Église, condamnait irrévocablement la doctrine national-socialiste, et en particulier ses fondements racistes, mais le 6 septembre 1938, Pie XII avait pris spécialement position contre la législation antisémite italienne, en déclarant à un groupe de pèlerins : « Nous, chrétiens, sommes spirituellement des sémites. » . Il avait également ordonné aux universités catholiques d'organiser un enseignement contre l'antisémitisme et le racisme.
Bien que les archives vaticanes de cette période n'aient été publiées qu'en partie (les onze volumes des Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale), on peut retracer les actions de Pie XII de 1939 à 1945.
Le Vatican, cerné par l'État mussolinien (et créé par ce dernier aux termes des accords du Latran entre Pie XI et Mussolini), voit ses moyens d'action se réduire sans cesse. Pendant toute la durée de la guerre, l'administration papale sera surveillée par la police italienne, puis par la police allemande d'occupation. Les valises diplomatiques sont fréquemment fouillées ; les lignes téléphoniques sont mises sur écoute ; l'Osservatore Romano est censuré. Les allées et venues des diplomates et journalistes sont en outre étroitement surveillées. Il ne reste donc à Pie XII que Radio Vatican pour se faire entendre. Mais comme celle de Londres, cette radio sera vite brouillée en représailles aux prises de positions contre les invasions nazies.
[modifier] Chronologie des événements
[modifier] 1939
Après l'invasion de la Tchécoslovaquie, le 15 mars 1939, la diplomatie vaticane intervient pour empêcher la guerre, sans succès.
Dans sa première encyclique, Summi pontificatus (20 octobre 1939), Pie XII se dresse contre les différentes formes de racisme, dénonçant « l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu'ils appartiennent. »[27]
Il y déclare aussi sa compassion avec la Pologne, et dénonce : « l'esprit de la violence et de la discorde verse sur l'humanité la sanglante coupe de douleurs sans nom. » En affirmant dans cette encyclique que « la Pologne a droit à la sympathie humaine et fraternelle du monde, et attend, confiante dans la puissante intercession de Marie Auxilium Christianorum, l'heure d'une résurrection en accord avec les principes de la justice et de la vraie paix », il suscite une réaction très vive des Nazis qui y voient une condamnation de l'invasion. Mais il surenchérit dans son message de Noël 1939 : « Nous avons dû, hélas ! assister à une série d’actes inconciliables aussi bien avec les prescriptions du droit international qu’avec les principes du droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d’humanité. Ces actes exécutés au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu. » [28] La réaction des Nazis est alors si violente que les évêques du pays supplient le pape de ne plus s'indigner de cette façon.
Il dénonce alors à nouveau le « culte de l'État » dans « les dictatures », dans la filiation de Mit Brennender Sorge. Le 26 décembre 1939, Pie XII condamne l'agression de la Finlande par l'Union soviétique[29] (alors que l'Allemagne et l'Union soviétique sont déjà alliés par la signature du pacte germano-soviétique Ribbentrop-Molotov du 23 août 1939).
[modifier] 1940
Le 18 janvier 1940, après la mort de 15000 civils polonais, Pie XII déclare dans une adresse radiophonique que « l'horreur et les abus inexcusables commis contre un peuple sans défense sont établis par le témoignage indiscutable de témoins oculaires[30] ».
Le 4 mai 1940, le Vatican prévient la Hollande que l'Allemagne va l'attaquer le 10.
Après l'invasion de la Hollande et de la Belgique par les Allemands, le pape envoie un message de sympathie à la reine Wilhelmine des Pays-Bas, au roi Léopold III de Belgique et à la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, en ne faisant mention que des malheurs qui accablent ces pays, sans jamais utiliser le terme « Invasion » et sans jamais ni dénoncer ni condamner directement l'envahisseur, pour limiter les représailles des Nazis. Mais quand Mussolini apprend l'existence de ces messages, il accuse le pape de prendre parti contre les alliés des Italiens et proteste officiellement auprès du Saint-Siège.
Au printemps 1940, un groupe de généraux allemands désireux de renverser Hitler et de faire la paix avec les Anglais approche Pie XII[31].
Pie XII choisit de maintenir l'Église hors du conflit des belligérants. À la supplique des évêques polonais décrivant les atrocités des nazis et demandant de l'aide (plus qu'une déclaration publique qui ne ferait qu'aggraver les choses), il réplique par la voix de Mgr Tardini :
« Tout d'abord, il ne semblerait pas opportun qu'un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d'injustices. Non pas que la matière manque (…) mais des raisons pratiques semblent imposer de s'abstenir. »
Mgr Tardini ajoute qu'une condamnation officielle du Vatican « accroîtrait les persécutions ». Pie XII précise lui-même :
« Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d'apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pressions, comme d'autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons d'intervention — afin d'éviter des maux plus grands. C'est l'un des motifs pour lesquels nous nous sommes imposé des limites dans nos déclarations. »
Au printemps 1940, le cardinal secrétaire d'État Luigi Maglione reçoit une demande du Grand Rabbin de la Palestine mandataire Isaac Herzog afin que le pape intercède en faveur des juifs lituaniens déportés par les Allemands[32]. Pie XII appelle Ribbentrop le 11 mars et proteste énergiquement contre le traitement des juifs[33][34].
[modifier] 1941
À cette date, il semble clair que l'information sur l'étendue de l'entreprise d'extermination est parvenue très tôt au plus haut de la hiérarchie catholique. [35]. En 1941, le cardinal Theodor Innitzer informe le pape sur les déportations commises à Vienne[36].
En 1941, l'ambassadeur de l’État français au Vatican, Léon Bérard, souhaite connaître l'avis du Vatican sur le statut des juifs promulgué par le régime de Vichy. Le secrétariat d'État du Vatican confirme que, de manière générale, la législation de la France pétiniste ne s'oppose pas à l'enseignement de l’Église. Le nonce apostolique en France Valerio Valeri, « embarrassé » par cette réponse vague, vérifie l'information auprès du Vatican. Le secrétaire d'État Maglione confirme que, certes, c'est bien la position du Saint-Siège mais le pape Pie XII fait officiellement préciser, en 1942, au maréchal Pétain par son nonce en France, Mgr Valerio Valeri, que le Saint-Siège désapprouve totalement les mesures prises par Vichy à l'encontre des Juifs.[37]
En avril 1941, Pie XII accorde une audience à Ante Pavelić, nouveau dictateur de Croatie. Quelques mois plus tard (septembre 41), Pie XII s'oppose au code juif slovaque[38], qui, à l'opposé du statut des juifs français, interdit le mariage mixte[39] et ne reconnaît finalement pas le régime croate. Il ne condamnera jamais publiquement les conversions forcées de Serbes par les Croates mais le fera, de manière confidentielle, dans une mémorandum daté du 25 janvier 1942 et adressé à la légation yougoslave.[40][41]
En octobre 1941, Harold Tittman, délégué américain au Vatican, demande au pape de condamner les atrocités commises contre les juifs; la réponse du pape fait état de son souhait de rester « neutre », vu la position délicate dans laquelle se trouve le Vatican. Cependant, Pie XII condamnera deux mois plus tard, à travers son message radiodiffusé de Noël 41, « l'oppression, ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques des minorités nationales » ainsi que « l'entrave et le resserrement de leurs capacités naturelles » avec « la limitation ou l'abolition de leur fécondité naturelle »[42].
Enfin, toujours en 1941, Pie XII déclare que la condamnation du communisme exprimée dans Divini Redemptoris par Pie XI n'interdisait pas les catholiques américains de soutenir le lend-Lease (prêt-bail) accordé par les États-Unis à l'URSS, et soutenir ainsi sa lutte contre le Reich (puisqu'elle n'est plus l'alliée d'Hitler depuis que celui-ci a tenté d'envahir l'URSS le 22 juin 1941). [43]
