Rite tridentin

Un article de ERUDITUS.

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Dans la liturgie catholique, le rite tridentin désigne la forme du rite romain employée dans l'Église catholique entre le concile de Trente et la réforme liturgique entreprise par Paul VI à la fin des années 1960 - qui fit modifier, en profondeur, le rite romain. L'expression "rite tridentin" est utilisé pour tout ce qui concerne : la célébration de la messe (Missel romain), les autres sacrements (Rituel romain), la liturgie des heures ou l’office divin (bréviaire romain) et les autres cérémonies liturgiques (Rituel romain et Cérémonial des évêques).

On parle maintenant de « forme extraordinaire du rite romain »[1]. Le terme extraordinaire signifie simplement qu'il ne s'agit pas de la forme normalement employée[2]. On utilise aussi les expressions « rite ancien », « rite traditionnel », « messe de saint Pie V », « livres de 1962 », « missel de Jean XXIII » ou rite tridentin.

L’adjectif « tridentin » (de Trente en Italie) est appliqué à cette forme du rite romain parce que le concile de Trente, dans sa dernière session du 4 décembre 1563, a confié au pape Pie IV la révision du Missel et du Bréviaire. Le pape suivant, Pie V, a promulgué les éditions révisées du Bréviaire (9 juillet 1568) et du Missel (14 juillet 1570)[3]. Il a rendu obligatoire l’utilisation de ces deux textes dans toute l’Église latine, en faisant exception uniquement pour les lieux et communautés où un autre rite a été célébré pendant plus de deux cents ans. C’est ainsi que, entre autres, le rite ambrosien, le rite mozarabe et les rites de plusieurs instituts religieux ont pu continuer légalement leur existence.

Malgré la promulgation d'un nouveau missel par le pape Paul VI en 1970, la « forme extraordinaire » du rite romain n'a jamais été abrogée dans l'Église catholique, ce qu'a confirmé le motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI en juillet 2007. C'est ce document qui règle désormais l'usage de la forme extraordinaire du rite romain pour la messe, les sacrements, l'office divin et le cérémonial des évêques.

Sommaire

[modifier] Historique de la messe et de la liturgie tridentines

La révision du missel ayant été ordonnée par le concile de Trente, saint Pie V codifia ce qui était le missel de l'Église de Rome en 1570 et en étendit l’usage à toute l’Église latine. Ce missel était quasi identique au premier missel imprimé en 1474. La Messe dite « de Saint Pie V » est donc plus ancienne que sa date de promulgation. La liturgie tridentine n'en est pas moins un témoin de la tradition ecclésiastique[4] dont le Saint-Siège a souhaité que l'usage soit maintenu et préservé comme un trésor de la tradition commune[5].

[modifier] Œuvre du Concile

Le Concile de Trente, réuni entre 1542 et 1563, en établissant son « exposition de la doctrine touchant le sacrifice de la messe [6] », lors de sa XXIIe session du 17 septembre 1562, veut défendre la doctrine catholique sur la messe des errements issus de la réforme protestante. Pour cela, le concile énonce les fondements doctrinaux du « saint sacrifice de la messe », et rappelle dans le décret conclusif quelques principes pratiques à respecter et s’opposant à certaines mauvaises habitudes.

Le pape Pie V répond à la demande du concile avec la bulle Quo primum[7], par laquelle, il promulgue, le 14 juillet 1570, son édition du Missel romain.

« La réforme tridentine a été un retour de la liturgie à une forme en accord avec les sources et missels qui ont connu leur apogée à l’époque de Grégoire VII (1073- 1085). [...] La réforme tridentine concernait le summum de la liturgie dans les réformes papales de Grégoire VII (1073-1085) à Innocent III (1198-1216). Il ne s’agissait pas précisément d’un désir d’évacuer les innovations et évolutions liturgiques médiévales.[...] Bref, pour moi comme pour beaucoup d’universitaires, le concile de Trente s’est contenté de retirer de la messe toute trace de superstition, de nouveauté ou d’hétérodoxie. Ceci est confirmé par la grande similarité entre le missel de 1570 et les rituels médiévaux de la curie — et donc le missel de 1474. » [8].
« Et, à la vérité, le Missel de 1570 s’éloigne très peu du Missel de 1474, la toute première édition imprimée, lequel répète déjà fidèlement le Missel du temps du pape Innocent III. En outre, s’ils ont fourni quelques corrections du texte, les manuscrits de la Bibliothèque vaticane n’ont cependant pas permis que les recherches relatives aux « auteurs anciens et approuvés » remontent au-delà des commentaires liturgiques du Moyen Âge.»[9] ,
« Le missel qui parut en 1570 sur l’ordre de saint Pie V ne se différenciait que par d’infimes détails de la première édition imprimée du Missale romanum publiée juste cent ans plus tôt » [10].

Saint Pie V a fixé dans l’Ordinaire de la messe (Ordo Missae) les prières au bas de l’autel, qui antérieurement étaient récitées, au choix du prêtre, comme préparation personnelle, soit dans la sacristie, soit pendant la procession à l’autel, soit au pied de l’autel. Il a aussi ajouté tout ce qui se trouve après l'Ite, missa est : bénédiction, dernier évangile.

[modifier] Changements ultérieurs de la liturgie tridentine

Les changements qui ont suivi, jusqu’au XXème siècle, la promulgation du Missel romain de Pie V furent moins profonds. Les éditions « tridentines » du Missel reportaient le texte des bulles de promulgation des révisions des papes Clément VIII (1604) et Urbain VIII (1634), et aussi celle du pape saint Pie X, qui en réformant la récitation du Psautier, annonçait son intention de réviser aussi le Missel. Mais sa mort en 1914 l’empêche de mener à bien ce projet. Le pape Pie XII, suite à la publication de l’encyclique Mediator Dei en 1947, sur les principes de la liturgie, entama une révision plus profonde du Missel, par une rénovation radicale des formules et des cérémonies de la Semaine sainte en 1955[11].

En effet, la liturgie n’est pas figée : dans la liturgie catholique romaine, la forme de la messe — qui se traduit par le Missel — est en constante et lente évolution, sans rupture : c’est ce qu’on appelle « l’évolution organique de la liturgie »[12]. Des nouvelles éditions du Missel ont été publiées régulièrement. Elles n’apportent généralement que des évolutions mineures (ajout d’un formulaire pour une fête de saint ou changement dans les rubriques, par exemple), mais elles furent parfois plus importantes:

  • Des modifications nombreuses furent apportées dès 1604, à trente-quatre ans de la promulgation du missel de Pie V[13] : abolition de la prière à dire en entrant dans l’église, du mot « omnibus » dans les deux prières qui suivaient la récitation du Confiteor, de la mention de l’empereur dans le canon de la messe, de la triple bénédiction à la fin de la messe solennelle.
  • Réforme de la semaine sainte en 1956.
  • Ajout de saint Joseph dans le canon lui-même, fin 1962.

Ainsi, le Missel romain édité en 1962, date de sa sixième édition « typique », la dernière avant la révision du pape Paul VI, avait continué sa lente évolution depuis sa promulgation initiale. Au début de cette édition de 1962, Jean XXIII indiquait que « les grands principes commandant la réforme de l’ensemble de la liturgie doivent être proposés aux Pères au cours du prochain concile œcuménique ». C'est ce missel de Jean XXIII qui est l'édition de référence[14] pour l'usage de ce rite au sein de l'Église catholique.

Tout catholique apprend dans son catéchisme que la messe consiste en un sacrifice au cours d'un repas sacré qui est offert pour quatre fins : l'adoration, l'action de grâce, la propitiation (ou le pardon des péchés) et la demande de bienfaits.

Pour le déroulement, les explications et les détails concernant la messe tridentine, voir l'article : Messe tridentine.

Par contraste, jusqu’à la réforme liturgique consécutive à Vatican II, l’assistance n’était jamais mentionnée dans les rubriques, et jouait un rôle physique presque exclusivement passif, d'assistance à la cérémonie mais y participait bien plus au niveau spirituel.

[modifier] Le Bréviaire et l’office

L’office, ou la célébration des heures canoniales, est la prière publique de l’Église à laquelle tout clerc doit participer, soit en communauté, soit en privé. Un prêtre n’est dispensé de dire chaque jour son bréviaire qu’en cas de maladie grave, d’impossibilité physique, ou d’empêchement résultant de fonctions prolongées et imprévues; la suspense, l’interdit, l’excommunication ou la déposition ne dispensent pas du bréviaire (canon 276 §2), en revanche la perte de l’état clérical (canon 290) suspend cette obligation. Le concile Vatican II a recommandé à l’ensemble des fidèles de s’unir à cette prière officielle et perpétuelle de l’Église.

Jusque vers le XIIIème siècle, l’office divin ne se disait qu’au chœur parce qu’il exigeait un grand nombre de livres, peu portatifs à cause de leur volume. Il fallait le psautier, l’Ancien et le Nouveau Testament, l’Homiliaire renfermant les écrits des Pères de l’Église, le Martyrologe pour la vie des Saints, l’Antiphonaire donnant la suite des antiennes, l’Hymnaire pour les hymnes et le Collectaire pour les collectes ou oraisons.

Le bréviaire est le livre qui synthétise et regroupe l’ensemble de ces éléments, dans une version adaptée au clergé séculier. Il est publié par Pie V par la bulle Quod a nobis du 7 juillet 1568. Il compte huit offices répartis sur la nuit et la journée : matines au milieu de la nuit, laudes à l’aurore, prime à la première heure du jour, tierce à la troisième heure, sexte à midi, none en milieu d’après-midi, vêpres en fin d’après-midi (au lever de l’étoile Vesper : Vénus), complies avant le coucher.

Le Breviarium romanum est légèrement modifié par le Pape Clément VIII par la bulle Cum in Ecclesia, du 10 mai 1602, puis par le Pape Urbain VII, par la bulle Divinam psalmodiam, du 25 janvier 1631. Le 1er novembre 1911, Le pape saint Pie X promulgue une réforme plus importante de l’élément central du Bréviaire, le psautier, par la constitution apostolique Divino afflatu.[15]

Par le Motu proprio Summorum Pontificum, le pape accorde la possibilité d'employer le bréviaire romain dans son édition de 1962 à « tous les clercs dans les ordres sacrés »[16]

[modifier] Le Rituel et l’administration des sacrements

C’est en 1614, que Paul V publie le premier rituel romain, il renferme les prières et les rites employés dans l’administration des sacrements de Baptême, de Pénitence, d’Eucharistie, d’Extrême-Onction et de Mariage, ainsi que pour les formules des bénédictions, et les règles à observer pour les processions, les funérailles, etc. Plusieurs révisions auront lieu au cours des siècles, en particulier sous le pape Benoît XIV. La dernière version dite « tridentine » date de Pie XI. Le motu proprio Summorum Pontificum, dans son article 9 accorde l'emploi du rituel romain dans son édition en vigueur sous Jean XXIII, à la disposition du curé « s’il juge que le bien des âmes le réclame ».

[modifier] Emploi moderne

Suite au travail effectué par le mouvement liturgique entre 1850 et 1950, l’idée se fait jour d’une réforme générale de la liturgie catholique romaine. Cet effort de réflexion trouve son achèvement par la constitution Sacrosanctum concilium du concile Vatican II, publiée en 1963, qui promeut une certaine simplification des rites pour atteindre plus exactement l’essence de la liturgie. En 1969, le pape Paul VI publie la première édition typique du rite romain rénové.

Cet Aggiornamento de la liturgie fut critiqué à l’époque, la principale critique étant que ces livres restaurés ne s’inscrivent plus dans le développement organique de la liturgie. Les protestations contre les abus liturgiques multiples accomplis au nom du concile[17] vont reprendre cet argument. Des théologiens et liturgistes, tels le père Louis Bouyer dès 1968 dans La décomposition du catholicisme[18] ou le cardinal Joseph Ratzinger dans L’esprit de la liturgie[19] en 2001, vont s’élever face à ces abus qui, pour eux, ne peuvent se prétendre héritiers du concile.

Les opposants à la réforme liturgique de 1969, tels Mgr Lefebvre, dénoncent le caractère « équivoque » de la nouvelle liturgie promulguée par Paul VI, qui serait, selon eux, susceptible de permettre une interprétation protestante de la messe. Ils reprochent notamment à la réforme liturgique d’avoir affaibli et obscurci la conception traditionnelle de la messe (tel que son caractère propitiatoire par exemple) afin de faciliter le dialogue avec les communautés protestantes. De ce point de vue, la modification de la liturgie est symptomatique d’une volonté de modification apportée par le concile Vatican II. Mgr Lefebvre déclare : « On ne peut modifier profondément la lex orandi sans modifier la lex credendi. À messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l’orthodoxie et au magistère de toujours. »[20]. Pour les mouvements proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, la réforme liturgique n’est donc pas acceptable, car elle n’a pas seulement touché aux formes du culte mais aussi à son essence.

Commencé en France et en Suisse simultanément, ce que les défenseurs du rite tridentin appelèrent parfois le « combat pour la messe »[21] s’est étendu à d’autres pays, quoique dans une moindre mesure. Parmi les sociétés de prêtres « traditionalistes » utilisant les formes tridentines on trouve la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, en rupture de communion avec Rome depuis 1988 et l’excommunication de son supérieur à l’occasion des sacres d’évêques sans mandat pontifical, puisqu’elle refuse de se soumettre à l’exercice de son magistère ordinaire. On trouve aussi une multitude d’instituts et mouvements agissant au sein de l’Église dans le cadre du Motu proprio Ecclesia Dei.

Pour plus d'éléments sur la querelle liturgique à la fin du XXème siècle, voir : La mise en application du concile Vatican II et Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Dès 1971, en Angleterre, par l'indult Agatha Christie[22], le Saint-Siège permet la pratique du rite tridentin, dans certaines conditions. Cet indult est étendu à l’Église universelle par la lettre Quattuor abhinc Annos[23]de 1984 puis, suite à la consécration d’évêque sans l’accord pontifical au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, par le Motu proprio Ecclesia Dei en 1988.

Aujourd'hui, l'usage du rite tridentin dans toute l'Église catholique de rite latin est régit par le motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007.

D'après une évaluation de l'évêque traditionaliste Bernard Fellay, en 2007, 20% des nouveaux prêtres français qui sont ordonnés, le seraient pour célébrer l'« ancienne messe », soit dans le cadre du motu proprio, soit dans la mouvance de la fraternité Saint-Pie-X.

[modifier] Aspects canoniques

L’ordo de 1962 n’est plus aujourd’hui la « forme ordinaire » du rite romain, mais il en est considéré comme la « forme extraordinaire ». D'abord une simple concession, soumise au bon vouloir de l'évêque, initialement accordée à la suite de la lettre Quattuor abhinc annos et du motu proprio Ecclesia Dei en 1988, l'usage du rite ancien selon les livres de Bienheureux Jean XXIII a été complètement libéralisé par le motu proprio Summorum Pontificum en 2007.

Article détaillé : Summorum Pontificum.

L’usage de cette forme ancienne du rite romain au titre de l’indult a initialement été accordé à des sociétés sacerdotales comme la Fraternité Saint Pierre (en septembre 1988[24]), et pour la première fois en tant que « rite exclusif » à l’Institut du Bon-Pasteur, érigé en société de vie apostolique de droit pontifical le 8 septembre 2006. Pour les prêtres de ces sociétés, la dispense résulte de leur appartenance même à la communauté ; ils sont donc tenus de célébrer leurs messes suivant les livres liturgiques tridentins. « Enfin, aux membres de cet Institut, elle confère le droit de célébrer la liturgie sacrée, en utilisant, et vraiment comme leur rite propre, les livres liturgiques en vigueur en 1962, à savoir le missel romain, le rituel romain et le pontifical romain pour conférer les ordres, et aussi le droit de réciter l’office divin selon le bréviaire romain édité la même année »[25].

De nos jours, la célébration privée (messe sans le peuple) selon l'ordo de 1962 est permise à tout prêtre de rite latin. La célébration publique selon l'ordo de 1962 peut être effectuée avec l'accord du curé (ou recteur du lieu) « dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure »[26]. Les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique peuvent choisir le missel du Bienheureux Jean XXIII pour leur célébration conventuelle ou communautaire.

En France, 83 diocèses sur 94 (chiffre d'avril 2008) donnent la possibilité d'assister à la liturgie traditionnelle avec l'autorisation de l'évêque diocésain ; toutes catégories confondues, les catholiques assistant régulièrement à la messe dans le rite tridentin représentent environ 100 000 fidèles[27]. En Belgique, six diocèses font de même, trois diocèses en Suisse, le diocèse de Luxembourg, 147 diocèses aux États-Unis sur les 178 de rite latin (juillet 2008), etc. La messe et l’office tridentin sont également célébrés dans plusieurs abbayes et communautés religieuses, entre autres à Fontgombault, à Randol ou au Barroux.

[modifier] Ordo ancien et autorité liturgique

Afin de disposer d’une référence, c’est « par définition » la dernière édition de 1962 qui est retenue comme norme de la forme traditionnelle de la Messe. « Dans la célébration des sacrements, les livres liturgiques approuvés par l’autorité compétente seront fidèlement suivis; c’est pourquoi personne n’y ajoutera, n’en supprimera ou n’y changera quoi que ce soit de son propre chef. » (Canon 846)

Pour ce qui est de la lettre, par nature, les rubriques de l’ordo de 1962 sont ce qu’elles étaient en 1962, et ne sont pas actualisées. Cependant, pour que cette « forme liturgique et disciplinaire antérieure » puisse être utilisée dans une célébration liturgique vivante et manifestant la « communion ecclésiale », l’application du motu proprio impose de facto des adaptations.

Même réalisée sous sa forme traditionnelle, la liturgie reste soumise à l’autorité qu’a l’Église sur la pratique des sacrements. « Les sacrements étant les mêmes pour l’Église tout entière et faisant partie du dépôt divin, il revient à la seule autorité suprême de l’Église […] de fixer ce qui a trait […] au rite à observer dans leur célébration. » (Canon 841). Quand l’Église prescrit une nouvelle règle à observer pour la liturgie romaine, il faut déterminer s’il est nécessaire, pour respecter la dérogation accordée en faveur de la liturgie ancienne, de déroger également à cette nouvelle règle ; ou si cette nouvelle règle, par sa nature, doit également s’appliquer à la célébration suivant une liturgie traditionnelle. Dans ce dernier cas, l’ordo de 1962 ne peut pas être observé à la lettre.

Les usages liturgiques traditionnels restent sous l’autorité de l’ordinaire (l’évêque ayant juridiction sur un diocèse ou un institut ecclésiastique), qui veille à leur opportunité et « veillera à ce que des abus ne se glissent pas dans la discipline ecclésiastique, surtout en ce qui concerne le ministère de la parole, la célébration des sacrements et des sacramentaux » (Canon 392). Le Motu proprio de 1988 a mis en place la commission Ecclesia Dei « pour collaborer avec les évêques locaux dans le but de satisfaire de nombreux groupes de fidèles liés à la tradition liturgique Latine qui demandent de pouvoir célébrer régulièrement la Messe dans leurs diocèses selon le rite de 1962 »[28], c’est elle qui est l’intermédiaire entre les évêques et les congrégations romaines au sujet du rite tridentin. Le rôle de cette commission a été confirmé et élargi par le motu proprio Summorum Pontificum, c'est elle qui régle l'ensemble des difficultés associées à la célébration de l'ancienne forme de la liturgie romaine.

[modifier] Évolutions récentes de la « forme extraordinaire »

[modifier] Assemblée et langue vernaculaire

Les pratiques actuelles de la messe tridentines ne sont pas toujours conformes à la lettre du Missel qu’elles prétendent respecter. Ainsi, aucune rubrique ne fait référence à une quelconque participation de l’assemblée : dans l’ordo tridentin, la Messe est conçue comme une cérémonie n’impliquant que le chœur, l’assistance étant libre d’aller et venir à sa convenance.

Dans la première moitié du XXème siècle, le mouvement liturgique a beaucoup œuvré pour une meilleure participation de l’assemblée à la liturgie. La pratique de 1962 reflète déjà très largement ces efforts pour une participation accrue de l’Église militante. Les paroissiens romains (missel de poche à l’usage des fidèles) de cette époque (en particulier le Missel quotidien et vespéral Dom Lefebvre) reflètent cet effort pour la liturgie, mais ces évolutions ne sont en toute rigueur pas inscrites dans le Missel de référence, qui ne les incorporera définitivement que dans sa réforme de 1969.

Certains aménagements ont parfois été introduits dès le début du XXème siècle dans la messe pour faciliter la participation de l’assemblée — comme de permettre le chant du Pater par tous, la lecture de la Secrète à voix haute, de chanter la doxologie finale, ou de donner les lectures dans la langue de l’assemblée. Ces aménagements, ne dénaturant pas le rite, dans la mesure où ils ne touchent pas au symbolisme et n’affectent pas la dignité de la cérémonie, étaient parfois permis ou tolérés par les évêques sans toutefois avoir l'accord de l'autorité romaine. L'instruction sur la liturgie « Inter oecumenici » en 1964, puis la réforme de l'Ordo Missae en 1965[29] vont officialiser ces changements[30].

Certaines de ces adaptations sont toujours appliquées dans les paroisses Ecclesia Dei, mais restent soumises à l’approbation de la Commission pontificale « Ecclesia Dei » : en effet, absolument personne d’autre [que le Siège apostolique], même prêtre, ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie[31], et le droit concernant « l'ancien rite » accordent l'usage des livres de 1962 et non ceux des éditions postérieures.

En ce qui concerne les lectures, l’usage de doubler les lectures latines par des traductions vernaculaires était admis, comme le confirme la lettre du Saint-Office du 17 octobre 1956 sur ce sujet, mais la suppression du latin au profit de la langue de l’assemblée pour les lectures n’a été autorisée qu’après le Concile par une ordonnance de l’épiscopat français le 14 janvier 1964[32]. Le motu proprio Summorum Pontificum règle cette question, en précisant (article 6) que les lectures peuvent à présent être faites en langue vernaculaire, « utilisant des éditions reconnues par le Siège Apostolique » (ce qui est le cas, a priori, du lectionnaire officiel édité dans la langue vernaculaire).

[modifier] Intégration du calendrier liturgique

Dans le cadre normal de la célébration selon les livres de 1962, le calendrier liturgique utilisé est celui établi par le « code des rubriques » publiés par Jean XXIII en 1960. Celui-ci n’a bien évidemment pas pu prendre en compte certaines nouvelles fêtes, ou changement de statut de certains saints. Ainsi Padre Pio n’est pas dans les livres de 1962, de même que sainte Thérèse de Lisieux n’est pas encore docteur de l’Église.

La règle initiale était celle établie par la lettre apostolique Quattuor abhinc annos en 1984 « On ne devra faire aucun mélange entre les textes et les rites des deux missels.[23] ». En pratique, les textes des messes propres de saint Padre Pio ou saint Maximilien Kolbe ne sont pas inscrits dans les missels en usage dans les paroisses de rite tridentin, et ils ne sont pas mentionnés dans les calendriers liturgiques qui y sont employés. Cependant, les textes propres publiés par la congrégation pour le culte divin peuvent théoriquement être utilisés avec l’ordinaire tridentin, car ils ne sont pas dédiés à un ordo missae.[33]

En 2007, la lettre d'introduction au motu proprio Summorum Pontificum annonce que cette question devra être étudiée par la Commission pontificale « Ecclesia Dei »: « dans l'ancien Missel pourront et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces. » En 2008, la commission pontificale Ecclesia Dei a répondu à une question de la Conférence Episcopale du Royaume-Uni à propos des fêtes liturgiques d'obligation, en posant le principe que : « les fêtes liturgiques doivent être communes à tous les catholiques de rite romain, quelle que soit la forme liturgique utilisée. »[34]

[modifier] Annexes

[modifier] Notes et références

  1. depuis le motu proprio Summorum Pontificum publié en juillet 2007 par le pape Benoît XVI
  2. Le Pape Benoît XVI précise dans la lettre aux évêques accompagnant le motu proprio : « il faut dire avant tout que le Missel, publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II, est et demeure évidemment la Forme normale – la Forma ordinaria – de la liturgie Eucharistique. » Voir la lettre du pape aux évêques en ligne
  3. « Le missel qui parut en 1570 sur l’ordre de saint Pie V ne se différenciait que par d’infimes détails de la première édition imprimée du Missale romanum publiée juste cent ans plus tôt » Cardinal Joseph Ratzinger, aujourd’hui pape sous le nom de Benoit XVI : La célébration de la Foi, p. 84 - chez Téqui, 2003
  4. « Je suis d’avis que l’on devrait accorder beaucoup plus généreusement à tous ceux qui le souhaitent le droit de conserver l’ancien rite. On ne voit pas d’ailleurs ce que cela aurait de dangereux ou d’inacceptable. Une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était alors pour elle tout ce qu’il y a de plus sacré et de plus haut, et à qui l’on présente comme inconvenant le regret qu’elle en a, se met elle-même en question ». Cardinal Joseph Ratzinger, Le sel de la terre.
  5. Voir le motu proprio Summorum Pontificum.
  6. texte du concile de Trente
  7. Texte de la bulle Quo Primum sur le site Salve Regina
  8. Père Romano Tommasi Liturgie postconciliaire : faits et contradictions dans Catholica n°86, hiver 2004
  9. Présentation générale du Missel romain 2002 Préambule §7 sur le site cérémoniaire.net
  10. Cardinal Joseph Ratzinger: La célébration de la Foi, p.84, éditions Téqui, 2003
  11. Publication 1955, mise en œuvre pour Pâques 1956
  12. Voir à ce sujet L'encyclique Mediator Dei de Pie XII sur le site Salve Regina
  13. The Tridentine Mass, article (en) de Paul Cavendish
  14. cf article 1 du motu proprio Summorum Pontificum
  15. sur cette partie, voir Introduction au bréviaire latin-français, éditions Labergerie, 1934, par le P. Hogueny, OP, sur le site Salve Regina
  16. Summorum Pontificum Art. 9. § 3. Tout clerc dans les ordres sacrés a le droit d’utiliser aussi le Bréviaire romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII en 1962
  17. Voir Michel de Saint-Pierre Les fumées de Satan 1976, édition la Table Ronde
  18. L. Bouyer La décomposition du catholicisme, réédité par Flammarion, 1992
  19. J. Ratzinger L’esprit de la liturgie, éditions ad solem, 2001
  20. Déclaration du 21 novembre 1974 de Mgr Lefebvre sur le site de la FSSPX
  21. Historique du combat pour la vraie messe extrait d’Itinéraires, n° 288 - Décembre 1984
  22. Indult accordé suite à une requête signée par des intellectuels anglais, dont Agatha Christie, sur le site AMDG
  23. 23,0 23,1 Lettre Quattuor abhinc annos sur le site AMDG
  24. Voir le Décret de la commission Ecclesia Dei accordant l’usage des livres de 1962 à la FSSP
  25. Commission Pontificale « Ecclesia Dei » Décret N° 118/2006, érection canonique de l’Institut du Bon-Pasteur
  26. Article 5 du motu proprio Summorum Pontificum
  27. Chantin, Jean-Pierre, « Les sectes en France. Marges et dissidences », dans Vingtièmre Siècle, no. 66, avril-juin 2000, p. 67-78.
  28. présentation de la commission Ecclesia Dei sur le site du Vatican
  29. rites de la messe en 1965 sur Cérémoniaire.net
  30. étude critique de l'ordo de 1965 par l'abbé Dufour sur Salve Regina.com
  31. Sacrosanctum concilium §22.3
  32. Première ordonnance de l’Épiscopat français sur le site cérémoniaire.net. Ce texte pastoral s’applique de plein droit sur l’édition de 1962 car elle était l’édition de référence de cette ordonnance.
  33. La célébration de ces nouveaux saints n’est pas obligatoire faute de changement de Missel, mais aucune directive n’est à vrai dire nécessaire dans de tels cas. Le propre de sainte Thérèse reste applicable même après sa proclamation comme docteur de l’Église (c’est la solution retenue par Solesmes); et la messe du commun des confesseurs non-pontifes peut être utilisé pour le Padre Pio, du seul fait de sa canonisation, sans attendre une nouvelle édition du Missel tridentin. Les textes propres publiés par la congrégation pour le culte divin peuvent potentiellement poser un problème de régularité canonique, mais leur promulgation est en réalité indépendante de toute référence à la version applicable du Missel. Cependant, quand la date de la fête n’est pas libre dans l’ancien calendrier, l’adaptation n’est pas toujours possible : Ainsi, saint Maximilien Kolbe dont la fête est le 14 août, ne peut être fêté librement ce jour car c’est la date de la vigile de l’Assomption dans le missel de 1962. Dans une telle situation, compte tenu de la préséance liturgique de la vigile de l'Assomption, la nouvelle fête devrait être déplacée à un autre jour par l'autorité compétente. Il n'est même pas possible d'en célébrer la messe votive, vu la classe de la vigile (2ème classe)
  34. ZENIT - Eclaircissements du Vatican sur les fêtes liturgiques et le missel de 1962

[modifier] Bibliographie

  • R.P. de Chivré, La messe de saint Pie V : commentaires théologiques et spirituels, Touraine Micro Édition, Le Gros Chêne,37460 Chemillé-sur-Indrois, 2006, (ISBN 2-916043-06-3), 344p, [1]
  • Les références au Droit Canon renvoient au code de droit canonique en vigueur depuis 1983.
  • Père Martin de Cochem, Explication du Saint-Sacrifice de la Messe. Ouvrage allemand du XVIIe siècle, traduit en français en 1891. Imprimatur 1900, réédition en texte intégral recomposé Éditions D F T , ISBN 2-904770-44-5, 2003. (208 p.)
  • Jean-Jacques Olier, L’esprit des cérémonies de la messe, Explication des cérémonies de la grand’messe de paroisse selon l’usage romain, 1657 Le Forum Diffusion, 2004, (ISBN 2-915025-63-0), 418 p.
  • Dom Guy Oury, La Messe de saint Pie V à Paul VI, Solesmes, Sablé-sur-Sarthe, 1975
  • Mgr Klaus Gamber, Tournés vers le Seigneur, éditions sainte Madeleine, 1993.
  • Un moine de Fontgombault, La messe commentée, Introibo ad altare Dei, éditions Petrus et Stella, 1995 (ISBN 2-910769-01-1), 156p.
  • Dom Jean-Denis Chalufour, OSB La sainte Messe, hier, aujourd’hui et demain, éditions Petrus et Stella, 1998 (ISBN 2-910769-09-7), 344p.
  • R.P. de Chivré, La messe de saint Pie V : commentaires théologiques et spirituels, Touraine Micro Édition,Le Gros Chêne,37460 Chemillé-sur-Indrois, 2006

[modifier] Articles connexes

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