Sainte Jeanne d'Arc

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Sainte Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans, est une héroïne et figure emblématique de l'histoire de France qui incarne la chrétienne livrant un combat épique pour sa foi et sa patrie. Par ses faits et qualités uniques, elle deviendra sainte nationale, sainte du peuple de France.

Au début du XVe siècle, elle mène victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, permettant au dauphin Charles d'être sacré à Reims et contribuant ainsi à inverser le cours de la guerre de Cent Ans.

Malgré son héroïsme, elle fut successivement capturée, vendue aux Anglais et condamnée au bûcher en 1431 après un procès en hérésie. Les archives de son procès révèlent une jeune femme dotée de courage, de franchise et d'un esprit de répartie saillant; ce qui explique sans doute comment elle avait su galvaniser ses troupes. Entaché de nombreuses et importantes irrégularités, ce procès fut cassé par le pape Calixte III en 1456. Puis, un second procès en réhabilitation conclut à son innocence et l'élève au rang de martyre. Enfin, elle est béatifiée en 1909 et canonisée en 1920. Elle est l'une des trois saintes patronnes de la France.

« Et, s'il peut sembler un moment que triomphent l'iniquité, le mensonge et la corruption, il vous suffira de faire silence quelques instants et de lever les yeux au ciel pour imaginer les légions de Jeanne d'Arc qui reviennent, bannières déployées, pour sauver la Patrie et sauver la Foi . » (le vénérable Pie XII, le 25 juin 1956)

Sommaire

Sa vie

Jeunesse ou Jeanne « la bonne Lorraine »

Jeanne d'Arc a grandi à Domrémy, village situé aux marches de la Champagne et de la Lorraine, pendant la guerre de Cent Ans qui opposait la France à l'Angleterre. Fille de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée, elle faisait partie d'une famille de cinq enfants : Jeanne, Jacques, Catherine, Jean et Pierre.

Jeanne (ou Jeannette, comme on l'appelait à Domrémy) fut décrite par tous les témoins comme très pieuse ; elle aimait notamment se rendre, chaque dimanche, à la chapelle de Bermont, près de Greux, pour y prier. A son époque, les prêtres dispensaient l'instruction, or Domrémy étant une paroisse qui relevait du domaine royal, il y a de grande chances qu'elle ait reçu un enseignement en français et de qualité.

L'usage de la particule n'indique rien quant à de possibles origines nobles, une particule pouvant être portée tant par des roturiers que par des nobles. Jacques d'Arc, simple laboureur, paraît ainsi avoir émigré d'Arc-en-Barrois (en Champagne), avec l'accord de son seigneur. Dès lors, il a dépendu du titulaire des droits sur Domremy où il a fondé son foyer.

Au début du XVème siècle, Domrémy se trouve imbriquée dans un territoire aux suzerainetés diverses. Sur la rive gauche de la Meuse, elle peut relever du Barrois mouvant, pour lequel le duc de Lorraine, par ailleurs souverain dans ses États, prête hommage au roi de France. Mais elle semble être plutôt rattachée à la châtellenie de Vaucouleurs, sous l'autorité directe du roi de France qui y nomme un capitaine (le sire de Baudricourt, au temps de Jeanne d'Arc). Enfin, l'église de Domremy dépend de la paroisse de Greux, au diocèse de Toul dont l'évêque est prince du Saint-Empire germanique. Colette Beaune précise<ref>in Jeanne d'Arc, Librairie académique Perrin, 2004, p. 33</ref> que Jeanne est née dans la partie sud de Domrémy, côté Barrois mouvant (et donc lorrain), dans le bailliage de Chaumont-en-Bassigny et la prévôté d'Andelot. Toutefois, si les juges de 1431 corroborent cette thèse, de même que Jean Chartier ou Perceval de Cagny, Perceval de Boulainvilliers considère pour sa part qu'elle est née dans la partie nord, qui relevait de la châtellenie de Vaucouleurs et donc du royaume de France dès 1291.

Contexte

Durant la guerre de Cent Ans, la plupart des régions du nord et sud-ouest du territoire français sont contrôlées depuis 1420 par les Anglais.

Le roi Charles VI, dit « Charles le Fol », ne dispose pas de toutes ses facultés mentales. La légitimité de son dernier fils survivant, le dauphin Charles, héritier de la couronne, est contestée, du fait des aventures qu'aurait eues sa mère Isabeau de Bavière (en particulier avec Louis d'Orléans).

Depuis l'assassinat de Louis d'Orléans en novembre 1407, le pays est déchiré par une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Ceux-ci se disputent le pouvoir au sein du conseil de régence présidé par la reine Isabeau du fait de la folie de son époux. Profitant de ce conflit, Henri V, roi d'Angleterre relance les hostilités et débarque en Normandie en 1415. La chevalerie française subit un désastre à Azincourt, face aux archers Gallois. En effet, les Anglais, ayant une maîtrise parfaite du tir à l'arc long et, bien abrités des charges par des pieux disposés à l'avance, déciment sous une pluie de flèches la chevalerie française dont les chevaux ne sont pas encore protégés. Ils vont ainsi devenir maîtres des batailles à terrain découvert malgré leur nette infériorité numérique, jusqu'à ce qu'apparaisse l'artillerie de campagne qui donnera l'avantage aux Français en fin de conflit.

Lors de l'entrevue de Montereau (le 10 septembre 1419), le dauphin Charles et Jean sans Peur doivent se réconcilier, pour faire face à l'ennemi. Mais malheureusement, au cours de cette rencontre, Jean sans Peur est poignardé par un homme du dauphin, probablement Tanneguy du Chastel. En réaction à cet assassinat, le fils de Jean sans Peur, Philippe le Bon, se rallie aux Anglais imité en cela par la puissante Université de Paris.

Alliés au puissant duc de Bourgogne, les Anglais peuvent imposer en 1420 le Traité de Troyes, qui est signé entre le roi Henri V d'Angleterre et Isabeau de Bavière, reine de France et régente. Selon les termes de ce traité, Henri V se marie à Catherine, fille de Charles VI ; à la mort de Charles VI, la couronne doit revenir à leur descendance, réunissant les deux royaumes.

Ce traité qui spolie le dauphin de son droit de succession (car considéré être enfant illégitime et assassin présumé du duc de Bourgogne) est contesté par la noblesse française. À la mort de Charles VI en 1422, la France n'a donc plus de roi ayant été sacré. La couronne de France est alors revendiquée par le roi d'Angleterre encore mineur, Henri VI qui vient de succéder à son père.

De Domrémy à Chinon (1428 - février 1429)

À treize ans, Jeanne entendit les voix célestes des saintes Catherine et Marguerite et de l'archange saint Michel lui demandant d'être pieuse, de libérer le royaume de France de l'envahisseur et de conduire le dauphin sur le trône. Après beaucoup d'hésitations, à seize ans, elle se mit en route. Arrivée à la ville voisine, elle demanda à s'enrôler dans les troupes du dauphin. Sa demande fut rejetée deux fois, mais elle revint un an plus tard et Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, accepta de lui donner une escorte, résigné face à la ferveur populaire de la ville où Jeanne avait acquis une petite notoriété, notamment en allant rendre visite au duc malade Charles II de Lorraine. Avant son départ pour le royaume de France, Jeanne se recueillit dans l'ancienne église de Saint-Nicolas-de-Port, dédiée au saint patron du duché de Lorraine.

Portant des habits masculins (ce qu'elle fit d'aileurs jusqu'à sa mort, excepté pour sa dernière fête de Pâques), elle traversa incognito les terres bourguignonnes et se rendit à Chinon où elle fut finalement autorisée à voir le dauphin Charles, après réception d'une lettre de Baudricourt. L'anecdote raconte qu'elle fut capable de reconnaître Charles, vêtu simplement au milieu de ses courtisans, et lui parla de sa mission. Par superstition, Jeanne est logée dans la Tour du Coudray, celle où Jacques de Molay fut emprisonné et aurait prononcé sa célèbre malédiction. Jeanne annonça clairement quatre événements : la libération d'Orléans, le sacre du roi à Reims, la libération de Paris et la libération du duc d'Orléans. Après l'avoir fait interroger par les autorités ecclésiastiques à Poitiers où des matrones constatèrent sa virginité, et après avoir fait une enquête à Domrémy, Charles donna son accord sur son plan de libération d'Orléans assiégée par les Anglais. Jeanne commença une série de trois sommations destinées aux Anglais.

Jeanne la Pucelle, chef de guerre (avril 1429 - mai 1430)

Ses frères la rejoignent. On l'équipe d'une armure et d'une bannière blanche frappée de la fleur de lys, elle y inscrit Jesus Maria, qui est aussi la devise des ordres mendiants (les dominicains et les franciscains). En partance de Blois pour Orléans, Jeanne expulse ou marie les prostituées de l'armée de secours et fait précéder ses troupes d'ecclésiastiques. Arrivée à Orléans le 29 avril, elle apporte le ravitaillement et y rencontre Jean d'Orléans, dit « le Bâtard d'Orléans », futur comte de Dunois. Elle est accueillie avec enthousiasme par la population, mais les capitaines de guerre sont réservés. Avec sa foi, sa confiance et son enthousiasme, elle parvient à insuffler aux soldats français désespérés une énergie nouvelle et à contraindre les Anglais à lever le siège de la ville dans la nuit du 7 mai au 8 mai 1429. Modèle:Article détaillé

Après cette victoire, célébrée chaque année à Orléans ces deux jours, on la surnomme la « Pucelle d'Orléans ». Après le nettoyage de la vallée de la Loire grâce à la victoire de Patay (où Jeanne d'Arc ne prit pas part aux combats), le 18 juin 1429, remportée face aux Anglais, elle persuade le dauphin d'aller à Reims se faire sacrer roi de France. Pour arriver à Reims, l'équipée doit traverser des villes sous domination bourguignonne qui n'ont pas de raison d'ouvrir leurs portes, et que personne n'a les moyens de contraindre militairement. Selon Dunois, le coup de bluff aux portes de Troyes entraîne la soumission de la ville mais aussi de Châlons-en-Champagne et Reims. Dès lors, la traversée est possible. Modèle:Article détaillé

Le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, en la présence de Jeanne d'Arc, Charles VII est sacré par l'archevêque Renault de Chartres. Le duc de Bourgogne, en tant que pair du royaume, est absent, Jeanne lui envoie une lettre le jour même du sacre pour lui demander la paix. L'effet politique et psychologique de ce sacre est majeur. Reims étant au cœur du territoire contrôlé par les Bourguignons et hautement symbolique, il est interprété par beaucoup à l'époque comme le résultat d'une volonté divine. Il légitime Charles VII qui était déshérité par le traité de Troyes et soupçonné d'être en réalité le fils illégitime du Duc d'Orléans et Isabelle de Bavière.

Cette partie de la vie de Jeanne d'Arc constitue communément son épopée : des événements qui fourmillent d'anecdotes où des contemporains sont témoins de ses miracles, le tout appuyé par les références explicites dans les procès. La découverte miraculeuse de l'épée dite de « Charles Martel » sous l'autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois, en est un exemple.

Dans la foulée, Jeanne d'Arc tente de convaincre le roi de reprendre Paris aux Bourguignons, mais il hésite. Une attaque est menée par Jeanne sur Paris mais doit être rapidement abandonnée. Le Roi finit par interdire tout nouvel assaut : l'argent et les vivres manquent et la discorde règne au sein de son conseil. C'est une retraite forcée vers la Loire, l'armée est dissoute.

Jeanne repart néanmoins en campagne : désormais elle conduit sa propre troupe et donc rien ne la distingue des chefs de guerres indépendants, elle ne représente plus le roi. Ses troupes lutteront contre des capitaines locaux, mais sans beaucoup de succès. Le 4 novembre 1429, « la Pucelle » et Charles d'Albret s'emparent de Saint-Pierre-le-Moûtier. Le 23 novembre, ils mettent le siège devant La Charité-sur-Loire pour en chasser Perrinet Gressart. Pour Noël, Jeanne a regagné Jargeau suite à l'échec du siège<ref>Perrinet Gressart, Jacques Faugeras, p.158</ref>.

Jeanne est alors conviée à rester dans le château de la Trémouille à Sully-sur-Loire. Elle s'échappera rapidement de sa prison dorée, pour répondre à l'appel à l'aide de Compiègne, assiégée par les Bourguignons. Finalement, elle est capturée lors d'une sortie aux portes de Compiègne le 23 mai 1430. Elle essaie de s'échapper par deux fois, mais échoue. Elle se blessera même sérieusement en sautant par une fenêtre. Elle est rachetée par les anglais pour 10000 livres et confiée à Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et allié des Anglais.

Le procès en condamnation

Lors de son procès qui dura du 21 février au 23 mai 1431, elle est accusée d'hérésie et interrogée sans ménagement à Rouen. Elle est emprisonnée dans le donjon du château de Philippe Auguste ; seule une tour de la construction est parvenue jusqu'à nous et appelée maintenant « tour Jeanne-d'Arc ». Le procès débute le 21 février 1431. Jugée par l'Église, elle reste néanmoins emprisonnée dans les prisons anglaises, au mépris du droit canon.

Si ses conditions d'emprisonnement sont particulièrement difficiles, Jeanne n'a néanmoins pas été soumise à la question pour avouer, c'est-à-dire à la torture. Or à l'époque, la torture était une étape nécessaire à un « bon procès ». Cette surprenante absence de torture a servi d'argument pour une origine « noble » de Jeanne d'Arc. Les bourreaux n'auraient pas osé porter la main sur elle. Voici une des phrases que dit Sainte Jeanne d'Arc à son procès (le 15 mars 1431):
« Sur l'amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n'en sais rien, mais je suis convaincue qu'ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre. »

Les enquêteurs, conduits par l'évêque de Beauvais, Mgr Cauchon, ne parviennent pas à établir un chef d'accusation valable : Jeanne semble être une bonne chrétienne, convaincue de sa mission, différente des hérétiques qui pullulent dans un climat de défiance vis-à-vis de l'Église en ces temps troublés. Le tribunal lui reproche par défaut de porter des habits d'homme, d'avoir quitté ses parents sans qu'ils lui aient donné congé, et surtout de s'en remettre systématiquement au jugement de Dieu plutôt qu'à celui de « l'Église militante », c'est-à-dire l'autorité ecclésiastique terrestre. Les juges estiment également que ses « voix », auxquelles elle se réfère constamment, sont en fait inspirées par le démon. L'Université de Paris (Sorbonne), alors à la solde des Bourguignons, rend son avis : Jeanne est coupable d'être schismatique, apostate, menteuse, devineresse, suspecte d'hérésie, errante en la foi, blasphématrice de Dieu et des saints. Jeanne en appelle au pape, ce qui sera ignoré par les juges.

Le 24 mai, au cimetière Saint-Ouen de Rouen, les juges mettent en scène une parodie de bûcher pour effrayer Jeanne et la presser de reconnaître ses fautes. Sous la pression, Jeanne sous la promesse orale (donc invérifiable) du tribunal de l'incarcérer dans une prison ecclésiastique, signe d'une croix (alors qu'elle savait écrire son nom) l'abjuration de ses erreurs, reconnaissant avoir menti à propos des voix et se soumet à l'autorité de l'Église. Elle est alors renvoyée dans sa prison aux mains des Anglais. S'estimant trompée, elle se rétracte deux jours plus tard, endosse de nouveau des habits d'homme (dans des conditions obscures).

Déclarée « relapse » (retombée dans ses erreurs passées), le tribunal la condamne au bûcher et la livre au « bras séculier ».

Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive place du Vieux-Marché à Rouen. Elle rend l'âme en criant trois fois « Jésus ». Selon les témoignages, elle est voilée et placée à plus de trois mètres de hauteur.

Le cardinal de Winchester avait insisté pour qu'il ne reste rien de son corps. Il désirait éviter tout culte posthume de la « pucelle ». Il avait donc ordonné trois crémations successives. La première vit mourir Jeanne d'Arc par intoxication au monoxyde de carbone, la seconde laissa au centre du bûcher les organes calcinés, et de la troisième il ne resta que des cendres et des débris osseux qui furent ensuite dispersés par Geoffray Therage<ref>Il aurait déclaré à Isambard de la Pierre et Martin Ladvenu qu'il craignait pour son âme car il avait brûlé une sainte (Régine Pernoud. Vie et mort de Jeanne d'Arc - Les témoignages du procès de réhabilitation 1450 - 1456)</ref>, le bourreau, dans la Seine (là où a été construit plus tard le Pont Jeanne-d'Arc) afin qu'on ne puisse pas en faire de reliques.

Jeanne d'Arc, déjà symbole national et catholique en son temps

Jeanne d'Arc et ses contemporains

Jeanne d'Arc fut très populaire de son vivant, la chevauchée vers Reims la fait connaître également à l'étranger. Elle commença à recevoir des courriers sur des questionnements théologiques venant de nombreuses contrées. On lui demanda son avis sur lequel des papes, alors en concurrence, est le vrai. Jeanne se rapprocha des ordres mendiants, elle, prédicatrice, envoyée de Dieu. Même si l'objet principal de sa mission fut la restauration du trône de France, la Pucelle n'hésita pas à prendre parti de fait sur le plan théologique. Les conflits d'intérêts autour d'elle dépassèrent la rivalité politique entre les Anglais et les partisans du dauphin.

Ainsi l'Université de Paris, qui était « remplie des créatures du roi d'Angleterre » ne la vit pas d'un bon œil, à l'opposé des théologiens de Poitiers, composée des universitaires parisiens exilés par les Anglais, et également à l'inverse de l'archevêque d'Embrun, des évêques de Poitiers et de Maguelonne, Jean de Gerson (auparavant chancelier de l'université de Paris), l'Inquisiteur général de Toulouse, ou encore l'Inquisiteur Jean Dupuy qui ne voyait que comme enjeux « à savoir la restitution du roi à son royaume et l'expulsion ou l'écrasement très juste d'ennemis très obstinés ». Ces gens d'Église, et autres, soutenaient la Pucelle.

Pour l'éminente autorité religieuse qu'était alors la Sorbonne, le comportement religieux de Jeanne dépassait l'enjeu de reconquête du royaume, et les docteurs en théologie de cette institution la considèrent comme une menace contre leur autorité, notamment à cause du soutien des rivaux de l'Université à Jeanne, et pour ce qu'elle représentait dans les luttes d'influence à l'intérieur de l'Église.

Jeanne n'eut pas que des amis à la cour du dauphin; le parti du favori La Trémouille (dont Gilles de Rais était) se plaça régulièrement en opposition, au conseil du dauphin, face à ses initiatives.

Son rôle dans la guerre de Cent Ans

Jeanne d'Arc n'a ni influé à elle seule sur la phase finale de la guerre, qui s'est achevée en 1453, ni été inexistante dans le rôle tactique et stratégique de sa campagne. Elle était une personne douée d'un bon sens indéniable et tout à fait capable de placer aux points clés les pièces d'artillerie de l'époque. Les faits d'armes sont donc à porter à son crédit même si certaines batailles ont été réglées en partie par de curieux événements. Elle fut en outre un chef au charisme indéniable.

Sur le plan géopolitique, le royaume de France, même privé de tout ce qui était situé au nord de la Loire, bénéficiait de ressources humaines et matérielles bien supérieures à celles de l'Angleterre, quatre fois moins peuplée. La stratégie de Charles V, qui misait sur le temps, en évitant les combats et en assiégeant une par une les places fortes, a parfaitement montré les limites de l'invasion anglaise.

Cependant, avant l'intervention de Jeanne d'Arc, les Anglais bénéficiaient d'un avantage psychologique extrêmement important lié à plusieurs raisons :
- la réputation d'invincibilité de leurs troupes;
- le Traité de Troyes qui déshéritait le dauphin Charles et mettait en doute sa filiation à l'égard du roi Charles VI;
- un état d'abattement et de résignation de la population;
- l'alliance avec la Bourgogne.

L'avantage numérique du royaume de France pesait peu. Cette situation faisait qu'en 1429 la dynamique était anglaise. Jeanne a eu le grand mérite d'inverser l'ascendant psychologique en faveur de la France, en remontant le moral des armées et des populations, en légitimant et sacrant le roi, et en battant les Anglais. Charles VII a eu, lui, l'initiative de se raccommoder avec les Bourguignons, étape indispensable pour la reconquête de Paris. Jeanne d'Arc visiblement ne portait pas les Bourguignons dans son cœur à cause de leur proximité avec son village de Domrémy et des heurts qu'il y avait pu avoir.

La « Pucelle d'Orléans »

Tout le monde étant alors au courant de sa virginité, Jeanne avait donc là une qualité indéniable en tant qu'envoyée de Dieu : sa virginité symbolise clairement la pureté de Jeanne, aussi bien physiquement que dans ses intentions religieuses et politiques. Dès lors vérifier sa virginité devient un enjeu important, étant donné l'importance politique des projets de Jeanne : restaurer la légitimité de Charles, et l'amener au sacre.

Par deux fois, la virginité de Jeanne fut constatée par des matrones, à Poitiers en mars 1429, mais aussi à Rouen, le 13 janvier 1431. Pierre Cauchon (celui-là même qui la fit brûler) avait ordonné ce deuxième examen pour trouver un chef d'accusation contre elle...en vain.

Il est en revanche difficile de savoir ce qui s'est passé entre le jugement et le constat de « relapse », période où Jeanne a été durement maltraitée par ses geôliers, défigurée. Un lord anglais aurait essayé de la forcer dans sa prison, en vain.

Les sources historiques

Les deux sources principales sur l'histoire de Sainte Jeanne d'Arc sont le procès en condamnation de 1431, et le procès en réhabilitation de 1455-1456. Étant des actes juridiques, elles ont l'immense avantage d'être des retranscriptions les plus fidèles des dépositions. Mais elles ne sont pas les seules : des notices, des chroniques ont également été rédigées de son vivant, telle que la Geste des nobles François, la Chronique de la Pucelle, la Chronique de Perceval de Cagny, ou encore le Journal du siège d'Orléans et du voyage de Reims. Il faut ajouter également les rapports des diplomates et autres informateurs.

Une des copies de la charte d'anoblissement qui nous est parvenue dit que le roi Charles VII la fit Jeanne dame du Lys, sans lui concéder un pouce de terre, ni à elle ni à ses frères et sœur, ce qui était contraire à l'usage de l'anoblissement, car le titre visait à assoir la propriété de façon héréditaire. En d'autres termes, la faisant dame du Lys, le roi Charles VII la liait au royaume et à la nation mais puisqu'elle s'était vouée à la chasteté et à la pauvreté il ne lui allouait aucun bénéfice terrestre, ce qui privait du même coup sa parentèle de la possibilité d'user convenablement de cet anoblissement puisqu'elle demeurait sans possibilité de s'élever dans la société nobiliaire. Les d'Arc restèrent donc des roturiers par la force des choses.

Jeanne d'Arc, sainte patronne de la France

Christine de Pisan fut un des rares auteurs contemporains à avoir fait l'éloge de Jeanne d'Arc, la nouvelle Judith. Villon mentionna en deux vers, parmi les Dames du temps jadis, « Jeanne la bonne Lorraine / Qu'Anglois brûlèrent à Rouen ».

Jeanne d'Arc fut réhabilitée en 1817, dans le livre de Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes : Histoire de Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans, tirée de ses propres déclarations, de cent quarante-quatre dépositions de témoins oculaires, et des manuscrits de la bibliothèque du roi de la tour de Londres. Le travail scrupuleux de cet historien, fondé sur des enquêtes rigoureuses, et l'étude de documents originaux, a souvent été réutilisé comme base de travail par des écrivains français et étrangers, tel Jules Quicherat, qui ont contribué à redonner ses titres de noblesse à la Pucelle d'Orléans<ref>On trouve sur le site de la Bibliothèque nationale de France en ligne les critiques littéraires de 1818 sur la sortie de cet ouvrage charnière : Journal général de la littérature de France ou Répertoire méthodique 1818, pages 13, 49 et 79.</ref>.

Le 6 janvier 1904, le pape Saint Pie X invita solennellement la France au culte de Jeanne d’Arc dont il proclama l’« héroïcité des vertus » (première étape vers la canonisation). Peu après, le 11 avril 1909, Jeanne d’Arc est béatifiée. Enfin, Jeanne d'Arc est canonisée en 1920, et Pie XI la proclama sainte patronne secondaire de la France en 1922<ref>Lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam, pape Pie XI, 2 mars 1922</ref>. Modèle:Article détaillé

Chants, prières et invocations liés à Sainte Jeanne d'Arc

Chants, prières et invocations liés à Sainte Jeanne d'Arc

Son étendard, son pennon et leurs devises

  • L'étendard : il était de couleur blanche avec en fond une peinture de Hauves Poulnoir, un peintre tourangeau qui avait peint l'image de notre Sauveur assis en jugement dans les nuées du ciel et un ange tenant une fleur de lys (description de Jean Pasquerel). « Jhesus Maria » y était inscrit, c'était la devise de l'ordre des mendiants.
  • Le pennon (fannion de forme triangulaire) : sur ce pennon, on pouvait voir « Notre-Dame ayant devant elle un ange lui présentant un lys ».

Fêtes et célébrations

Dates

  • Célébration religieuse: Initialement le 30 mai mais normalement déplacée au 2nd dimanche de mai (fête seulement existante dans les chapelles traditionalistes).
  • Cortège traditionnel: Second dimanche de mai. En 2013, il défilera le 12 mai, à 14h30, de la Place Saint-Augustin (Paris 8ème arrondissement) à la Place des Pyramides .
  • Cortège ne concernant que le FN: le 1er mai.

Histoire et explications

Un cortège d’hommage à la sainte, à son histoire, à ses luttes et à sa piété, eut lieu pour la première fois le 16 mai 1909, organisé par l’Action française. Ce cortège n'a cessé d'exister malgré l’abandon général de la fête nationale et de la fête religieuse. D'autres se joignirent à cette dévotion et à ce devoir de mémoire, conscient de l'héritage qu'ils gardaient ainsi.

Alors que Jeanne d’Arc est béatifiée (1911), les étudiants de l'Action française (qui existent depuis 1905), bientôt soutenus par les Camelots du Roi (créés en octobre 1908) s'opposent à Thalamas, professeur qui insultait l'héroïne, au prix de heurts violents avec la police. Après chaque bataille, ceux des manifestants, qui n’avaient pas été arrêtés, allaient place des Pyramides honorer la statue de Jeanne d’Arc. Telle est l’origine de son cortège traditionnel parisien.

Voici ce qui est indiqué dans le Journal Officiel de juillet 1920.

  • Article premier: La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme.
  • Article 2: Cette fête a lieu le deuxième dimanche de mai...la présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l'État.

Lieux de pèlerinage et sanctuaires

Ouvrages de référence

L'œuvre du R.P. Jean-Baptiste Ayroles

- Tome I: La Pucelle
- Tome II: La Paysanne et l'Inspirée
- Tome III: La Libératrice
- Tome IV: La Vierge Guerrière
- Tome V: La Martyre

  • Jeanne devant l'université de Paris, réédités chez Saint-Rémi (ESR), 302 pages.

Le livre de l'abbé Olivier Rioult

Adaptations à l'écran

Jeanne d'Arc a inspiré plusieurs films :

Liens externes

Notes

<references/>

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